La stéatose hépatique non alcoolique, désormais rebaptisée MASLD (Metabolic Dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease), touche environ un adulte sur quatre dans les pays occidentaux. En France, cela représente entre 8 et 12 millions de personnes concernées par une accumulation de graisse dans le foie, le plus souvent silencieuse mais potentiellement grave. Lorsque cette surcharge graisseuse provoque une inflammation et une destruction des cellules hépatiques, on parle de MASH (anciennement NASH) — un stade qui peut évoluer vers la cirrhose et le cancer du foie. Pendant des décennies, il n’existait aucun traitement médicamenteux approuvé pour cette maladie. Les agonistes des récepteurs GLP-1, et en particulier le sémaglutide, changent la donne.

Avertissement médical : cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Le diagnostic et le suivi de la stéatose hépatique doivent être assurés par un médecin.

Sommaire

  1. Qu’est-ce que la MASLD et la MASH ?
  2. L’ampleur du problème en France
  3. Pourquoi les GLP-1 agissent sur le foie
  4. L’essai MAESTRO-NASH : résultats du sémaglutide
  5. L’essai ESSENCE : confirmation à grande échelle
  6. Les autres molécules en compétition
  7. Vers une approbation réglementaire
  8. Ce que cela signifie pour les patients français
  9. FAQ

Qu’est-ce que la MASLD et la MASH ? {#definition}

La nouvelle nomenclature

En 2023, un consensus international a remplacé les termes NAFLD (Non-Alcoholic Fatty Liver Disease) et NASH (Non-Alcoholic Steatohepatitis) par une nomenclature plus précise :

  • MASLD (Metabolic Dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease) remplace NAFLD — stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique
  • MASH (Metabolic Dysfunction-Associated Steatohepatitis) remplace NASH — forme inflammatoire avec lésions hépatocytaires

Ce changement reflète une meilleure compréhension de la maladie : il ne s’agit pas simplement de l’absence d’alcool, mais d’une pathologie métabolique à part entière, étroitement liée au syndrome métabolique, à l’obésité et au diabète de type 2.

Les stades de la maladie

La stéatose hépatique évolue en plusieurs stades de gravité croissante :

  1. Stéatose simple (MASLD) : accumulation de graisse dans plus de 5 % des hépatocytes. Réversible, généralement asymptomatique, découverte fortuitement lors d’un bilan sanguin ou d’une échographie.

  2. Stéatohépatite (MASH) : la surcharge graisseuse provoque une inflammation et une destruction des cellules du foie (ballonisation hépatocytaire). C’est le stade critique, car il enclenche le processus de fibrose.

  3. Fibrose hépatique : le foie cicatrise en développant du tissu fibreux. On distingue quatre stades de fibrose (F0 à F4), le stade F4 correspondant à la cirrhose.

  4. Cirrhose : le tissu hépatique est largement remplacé par du tissu cicatriciel. Le foie perd progressivement ses fonctions. Risque de décompensation et de carcinome hépatocellulaire.

Les facteurs de risque

Les principaux facteurs de risque de la MASLD sont l’obésité (surtout abdominale), le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, l’hypertriglycéridémie, le syndrome métabolique, la sédentarité et une alimentation riche en sucres et en graisses saturées. La prédisposition génétique joue également un rôle, certains variants génétiques (PNPLA3, TM6SF2) augmentant le risque.

L’ampleur du problème en France {#epidemiologie}

Des chiffres préoccupants

La France n’échappe pas à l’épidémie mondiale de stéatose hépatique. Les données épidémiologiques les plus récentes estiment la prévalence de la MASLD à environ 18 à 25 % de la population adulte française, soit entre 8 et 12 millions de personnes.

Parmi ces patients, on estime que 2 à 5 % développent une MASH avec inflammation active. Et parmi les patients MASH, environ 15 à 20 % évolueront vers une fibrose significative ou une cirrhose en l’absence de traitement.

Une maladie sous-diagnostiquée

Le caractère silencieux de la MASLD pose un problème majeur de dépistage. La plupart des patients ne présentent aucun symptôme pendant des années, voire des décennies. Le diagnostic est souvent posé tardivement, parfois au stade de fibrose avancée ou de cirrhose. Les transaminases (ALAT, ASAT) peuvent être normales même en présence d’une MASH significative, ce qui rend le dépistage biologique imparfait.

Les outils non invasifs de dépistage se développent : le score FIB-4 (basé sur l’âge, les transaminases et les plaquettes), l’élastographie hépatique (FibroScan) et les biomarqueurs sériques permettent d’évaluer la sévérité sans recourir systématiquement à la biopsie hépatique.

Le fardeau économique

La MASH représente un coût croissant pour le système de santé français. Les complications hépatiques (cirrhose, cancer du foie, transplantation) sont extrêmement coûteuses. L’Association Française pour l’Étude du Foie (AFEF) a souligné l’urgence de développer des stratégies de dépistage et de traitement précoces.

Pourquoi les GLP-1 agissent sur le foie {#mecanismes}

Les agonistes des récepteurs GLP-1 exercent des effets bénéfiques sur le foie par plusieurs mécanismes complémentaires.

Réduction de la graisse hépatique par la perte de poids

Le mécanisme le plus évident est indirect : en entraînant une perte de poids significative (10 à 20 % du poids initial), les GLP-1 réduisent l’apport en acides gras libres au foie et diminuent la lipogenèse hépatique. La graisse viscérale, particulièrement corrélée à la stéatose, est préférentiellement mobilisée lors de la perte de poids induite par les GLP-1.

Effets hépatiques directs

Au-delà de la perte de poids, les GLP-1 exercent des effets directs sur les hépatocytes. Les récepteurs GLP-1 sont exprimés dans le foie, et leur activation réduit la lipogenèse de novo (synthèse de nouvelles graisses à partir du glucose), augmente l’oxydation des acides gras (leur utilisation comme source d’énergie), améliore la sensibilité hépatique à l’insuline et réduit le stress oxydatif intracellulaire.

Effets anti-inflammatoires

L’inflammation est le moteur de la progression de la MASLD vers la MASH. Les GLP-1 réduisent l’inflammation hépatique en diminuant la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, IL-6), en modulant l’activité des cellules de Kupffer (macrophages résidents du foie) et en atténuant le stress du réticulum endoplasmique, impliqué dans la mort des hépatocytes.

Effets anti-fibrotiques

La fibrose hépatique résulte de l’activation des cellules stellaires hépatiques, qui produisent du collagène en excès. Des données expérimentales suggèrent que les agonistes GLP-1 inhibent l’activation de ces cellules stellaires, réduisant la production de collagène et favorisant potentiellement la résorption du tissu fibreux existant.

L’essai MAESTRO-NASH : résultats du sémaglutide {#maestro-nash}

Conception de l’étude

L’essai MAESTRO-NASH (Multicenter Assessment of Efficacy of Semaglutide for Treatment of NASH) est un essai de phase 2b randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo. Il a évalué le sémaglutide à différentes doses chez des patients atteints de MASH confirmée par biopsie hépatique, avec une fibrose de stade F1 à F3.

Résultats à 72 semaines

Les résultats, publiés dans le New England Journal of Medicine, ont montré des améliorations hépatiques significatives chez les patients traités par sémaglutide par rapport au placebo :

Résolution de la MASH (disparition de l’inflammation) :

Dose de sémaglutideRésolution de la MASHPlacebo
0,1 mg/jourEnviron 40 %Environ 17 %
0,2 mg/jourEnviron 49 %Environ 17 %
0,4 mg/jourEnviron 59 %Environ 17 %

La proportion de patients atteignant une résolution histologique de la MASH sans aggravation de la fibrose augmentait avec la dose. Ces résultats sont cliniquement très significatifs.

Amélioration de la fibrose

L’amélioration de la fibrose hépatique d’au moins un stade a été observée chez environ 43 % des patients sous sémaglutide à la dose la plus élevée, contre environ 33 % sous placebo. Si l’amélioration de la fibrose n’a pas atteint le seuil de significativité statistique dans cet essai de phase 2b, la tendance était clairement favorable et a justifié le lancement d’essais de plus grande envergure.

Autres bénéfices observés

Les patients traités ont également présenté une réduction significative des enzymes hépatiques (ALAT), une diminution de la graisse hépatique mesurée par IRM, une amélioration des marqueurs d’inflammation systémique et une perte de poids dose-dépendante (jusqu’à environ 13 % à la dose la plus élevée).

L’essai ESSENCE : confirmation à grande échelle {#essence}

Un essai de phase 3 décisif

L’essai ESSENCE (Effect of Semaglutide on NASH and Liver Fibrosis) est l’essai de phase 3 pivot évaluant le sémaglutide 2,4 mg hebdomadaire (la dose utilisée dans Wegovy) chez des patients atteints de MASH avec fibrose significative (stades F2-F3).

Résultats intermédiaires encourageants

Novo Nordisk a communiqué que l’essai ESSENCE a atteint ses critères d’évaluation principaux, avec une résolution de la MASH observée chez une proportion significativement supérieure de patients traités par sémaglutide par rapport au placebo. Le critère d’amélioration de la fibrose a également été atteint.

Les résultats détaillés, présentés progressivement lors de congrès médicaux, confirment et renforcent les données de MAESTRO-NASH. La résolution histologique de la MASH sans aggravation de la fibrose a été observée chez environ 60 à 63 % des patients traités, contre environ 30 % sous placebo.

L’importance de ces résultats

L’essai ESSENCE est le pilier du dossier réglementaire déposé auprès de la FDA et de l’EMA pour obtenir une indication MASH pour le sémaglutide. Si cette indication est accordée, le sémaglutide deviendrait le premier agoniste GLP-1 approuvé pour une maladie hépatique — un tournant dans l’hépatologie.

Les autres molécules en compétition {#autres-molecules}

Le sémaglutide n’est pas seul sur ce terrain. Plusieurs molécules sont en développement pour la MASH, avec des mécanismes d’action variés.

Le resmetirom (Rezdiffra)

Le resmetirom, un agoniste sélectif des récepteurs thyroïdiens bêta hépatiques, a été approuvé par la FDA en 2024 pour la MASH avec fibrose modérée à avancée. C’est le premier médicament spécifiquement approuvé pour cette indication. Il agit en stimulant le métabolisme des graisses dans le foie, indépendamment de la perte de poids.

Le survodutide

Le survodutide, un double agoniste GLP-1/glucagon développé par Boehringer Ingelheim, a montré des résultats très prometteurs dans la MASH. L’ajout de l’agonisme glucagon apporte un effet supplémentaire sur la mobilisation des graisses hépatiques. Les essais de phase 2 ont rapporté une résolution de la MASH chez une large proportion de patients traités.

Le tirzépatide

Le tirzépatide (Mounjaro), double agoniste GIP/GLP-1, fait également l’objet d’essais dans la MASH (programme SYNERGY-NASH). Les résultats préliminaires sont encourageants, avec des bénéfices hépatiques comparables ou supérieurs à ceux du sémaglutide, possiblement liés à une perte de poids plus importante.

Comparaison des approches

MoléculeMécanismeEffet poidsStade de développement
Sémaglutide (Novo Nordisk)GLP-1Oui (-13 à -16 %)Phase 3 (ESSENCE) — dossier déposé
Resmetirom (Madrigal)Agoniste THR-bêtaMinimeApprouvé FDA (2024)
Survodutide (Boehringer)GLP-1/glucagonOui (-15 à -19 %)Phase 2b
Tirzépatide (Lilly)GIP/GLP-1Oui (-18 à -22 %)Phase 2 (SYNERGY-NASH)

Vers une approbation réglementaire {#approbation}

Le dossier FDA

Novo Nordisk a déposé un dossier auprès de la FDA pour l’obtention d’une indication MASH pour le sémaglutide 2,4 mg. La décision est attendue courant 2026. Si elle est favorable, le sémaglutide serait le premier traitement injectable approuvé pour la MASH, et le premier GLP-1 avec une indication hépatique.

Le parcours européen

L’EMA suit un calendrier généralement décalé de quelques mois par rapport à la FDA. Le dépôt du dossier européen est en cours. En France, une éventuelle mise à disposition pourrait intervenir dans les 12 à 18 mois suivant l’approbation européenne, sous réserve de l’évaluation par la HAS et de la négociation du prix.

Les enjeux de remboursement

La question du remboursement sera cruciale pour l’accès des patients français. Le coût mensuel des traitements GLP-1 (de l’ordre de 200 à 400 euros) constitue une barrière significative en l’absence de prise en charge. La HAS devra évaluer le service médical rendu (SMR) et l’amélioration du service médical rendu (ASMR) spécifiquement pour l’indication MASH.

Ce que cela signifie pour les patients français {#patients-francais}

Un espoir pour les patients sans solution

Pour les millions de Français atteints de MASLD ou de MASH, ces avancées représentent un espoir concret. Jusqu’à récemment, la seule recommandation était de modifier son mode de vie — perdre du poids, faire de l’exercice, améliorer son alimentation. Des conseils pertinents mais insuffisants pour beaucoup de patients, notamment ceux dont la fibrose progresse.

L’importance du dépistage

Ces résultats renforcent l’urgence d’un meilleur dépistage de la stéatose hépatique en France. Tout patient présentant un surpoids, un diabète de type 2 ou un syndrome métabolique devrait bénéficier d’une évaluation hépatique incluant au minimum un dosage des transaminases, un calcul du score FIB-4 et, en cas de suspicion, une élastographie hépatique.

Le rôle du suivi médical

La prise en charge de la MASH nécessite un suivi médical régulier associant un hépatologue ou un gastro-entérologue, un endocrinologue si un traitement GLP-1 est initié, et un diététicien pour optimiser les mesures hygiéno-diététiques. Un suivi médical régulier est essentiel pour ajuster le traitement. Des plateformes comme Annette.care proposent un accompagnement personnalisé avec des médecins spécialisés, incluant la gestion nutritionnelle et le suivi métabolique.

En attendant les approbations

En attendant une indication spécifique MASH, les patients français obèses ou diabétiques atteints de stéatose hépatique peuvent déjà bénéficier des GLP-1 prescrits pour leurs indications actuelles. La perte de poids et l’amélioration métabolique obtenues contribueront à réduire la surcharge graisseuse hépatique. Les bénéfices cardiovasculaires des GLP-1 constituent un avantage supplémentaire chez ces patients à haut risque vasculaire.

Ce qu’il faut retenir

La stéatose hépatique MASH/MASLD est une épidémie silencieuse qui touche des millions de Français. Les agonistes GLP-1, et en particulier le sémaglutide, représentent l’avancée thérapeutique la plus significative dans ce domaine depuis des décennies. Les résultats des essais MAESTRO-NASH et ESSENCE démontrent qu’un traitement médicamenteux peut inverser l’inflammation hépatique et potentiellement la fibrose. L’approbation réglementaire attendue en 2026 pourrait transformer la prise en charge de millions de patients.

FAQ {#faq}

Le sémaglutide est-il déjà approuvé pour traiter la NASH en France ?

Non. En France, le sémaglutide est approuvé pour le diabète de type 2 (Ozempic) et l’obésité (Wegovy). L’indication spécifique MASH/NASH est en cours d’évaluation par les agences réglementaires (FDA et EMA) sur la base des essais MAESTRO-NASH et ESSENCE. Une décision est attendue courant 2026.

Combien de Français sont touchés par la stéatose hépatique ?

On estime qu’environ 18 à 25 % de la population adulte française est concernée par la MASLD, soit entre 8 et 12 millions de personnes. Parmi elles, environ 2 à 5 % présentent la forme inflammatoire (MASH) avec un risque d’évolution vers la fibrose et la cirrhose. Le problème est largement sous-diagnostiqué en raison de l’absence de symptômes aux stades précoces.

Le GLP-1 peut-il inverser une fibrose hépatique déjà installée ?

Les essais cliniques ont montré une amélioration de la fibrose hépatique d’au moins un stade chez une proportion significative de patients traités par sémaglutide. Toutefois, les résultats varient selon le stade initial. Les fibroses précoces (F1-F2) semblent plus réversibles que les fibroses avancées (F3-F4). Un suivi hépatologique régulier, incluant une élastographie périodique, reste indispensable pour évaluer l’évolution.

Faut-il être en surpoids pour bénéficier d’un GLP-1 contre la NASH ?

La grande majorité des patients atteints de MASH sont en surpoids ou obèses, mais la maladie peut aussi toucher des personnes de poids normal (environ 10 à 20 % des cas). Les essais cliniques ont principalement inclus des patients en excès pondéral. L’indication future, si elle est accordée, pourrait être définie sur la base de critères hépatiques (présence de MASH avec fibrose) plutôt que pondéraux, ce qui élargirait potentiellement l’accès.

Existe-t-il d’autres médicaments contre la NASH en dehors des GLP-1 ?

Oui. Le resmetirom (Rezdiffra), un agoniste des récepteurs thyroïdiens bêta, a été approuvé par la FDA en 2024 pour la MASH avec fibrose significative. Le survodutide (double agoniste GLP-1/glucagon) et le tirzépatide sont également en cours d’essais avancés. Les GLP-1 se distinguent par leur double action sur le foie et sur le poids, et par les bénéfices cardiovasculaires associés, particulièrement pertinents dans cette population à haut risque vasculaire.