Depuis 2022, les agonistes des récepteurs GLP-1 — sémaglutide (Ozempic, Wegovy), tirzépatide (Mounjaro), liraglutide (Saxenda) — ont fait l’objet d’une surveillance renforcée en France. L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) et EPI-Phare (groupement d’intérêt scientifique ANSM–Cnam sur les données de santé) ont publié des bilans réguliers. Voici une synthèse des principales conclusions disponibles pour la période 2025-2026.

Qui surveille les GLP-1 en France ?

L’ANSM : autorité nationale de pharmacovigilance

L’Agence nationale de sécurité du médicament est responsable de la surveillance des médicaments commercialisés en France. Pour les GLP-1, elle suit :

  • Les déclarations spontanées d’effets indésirables transmises par les professionnels de santé et les patients via le réseau des Centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV)
  • Les signaux de sécurité remontés par l’EMA (Agence européenne des médicaments) et les autorités étrangères (FDA, Health Canada)
  • Les données de la vie réelle produites par EPI-Phare

EPI-Phare : analyse des données du Système national de données de santé

EPI-Phare est un groupement d’intérêt scientifique créé conjointement par l’ANSM et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Il dispose d’un accès privilégié au Système national de données de santé (SNDS), qui regroupe les données de remboursement de l’ensemble des assurés sociaux français — soit plus de 67 millions de personnes.

Cette base permet des études de cohorte à très grande échelle, représentatives de la population française réelle — ce qui est fondamentalement différent des essais cliniques, recrutés sur des populations sélectionnées. EPI-Phare a déjà produit plusieurs études sur la sécurité des GLP-1 en France, notamment sur la gastroparésie, le risque thyroïdien et les effets cardiovasculaires.

Le profil de sécurité global : favorable mais nécessitant vigilance

Profil global confirmé : bénéfices supérieurs aux risques

Le bilan de pharmacovigilance de l’ANSM pour 2025-2026 confirme que le profil bénéfice-risque des GLP-1 est favorable pour les indications autorisées (diabète de type 2, obésité avec critères). Les données françaises de vie réelle corroborent les résultats des grands essais cliniques :

  • Réduction du risque cardiovasculaire chez les patients diabétiques à haut risque (confirmé par les données EPI-Phare, cohérentes avec les études LEADER et SELECT)
  • Tolérance digestive acceptable dans la grande majorité des cas, avec des effets indésirables gastro-intestinaux surtout en début de traitement et à chaque palier de dose
  • Absence de signal sur le risque de cancer thyroïdien chez l’humain, malgré les observations animales initiales

Les signaux de sécurité actifs en 2025-2026

Certains signaux font néanmoins l’objet d’une surveillance continue ou renforcée :

1. Gastroparésie

L’étude EPI-Phare sur la gastroparésie a confirmé un risque significativement augmenté sous GLP-1. Les données françaises sont cohérentes avec l’étude Sodhi (JAMA 2023) montrant un hazard ratio de 3,7 pour la gastroparésie par rapport aux patients sous bupropion-naltrexone. L’ANSM a demandé la mise à jour des RCP pour mentionner explicitement ce risque et les précautions anesthésiques associées.

2. Idées suicidaires et troubles psychiatriques

L’EMA avait lancé en 2023 une évaluation sur le risque d’idées suicidaires sous GLP-1, à la suite de déclarations spontanées. Le bilan de l’ANSM pour 2025-2026 conclut à l’absence de signal causal établi entre les GLP-1 et les idées suicidaires dans les données françaises. Les déclarations semblaient liées à d’autres facteurs (pathologies sous-jacentes, comorbidités, arrêts concomitants d’autres traitements). La surveillance reste cependant active.

3. Pancréatite aiguë

Le risque de pancréatite sous GLP-1 fait l’objet d’une surveillance depuis la mise sur le marché, avec des cas de pancréatite signalés à l’ANSM régulièrement analysés. Les données françaises d’EPI-Phare ne retrouvent pas de signal significatif supérieur au risque de base dans la population diabétique et obèse — qui est déjà naturellement plus élevé. L’ANSM maintient néanmoins ce risque dans les informations prescripteur.

4. Interactions et carences nutritionnelles

Un signal ANSM sur les carences nutritionnelles sous GLP-1 documenté dans le bilan 2025-2026 concerne les carences nutritionnelles chez les patients sous GLP-1, particulièrement en vitamine B12, vitamine D et protéines. Ces carences, liées à la réduction significative des apports alimentaires, peuvent avoir des conséquences cliniques (fatigue, fragilité musculaire, troubles neurologiques). L’ANSM recommande un bilan biologique annuel chez les patients traités au long cours.

Le mésusage : un problème de santé publique documenté

Ampleur du mésusage en France

Le terme “mésusage” désigne l’utilisation d’un médicament en dehors de ses indications autorisées. Pour les GLP-1, le mésusage principal en France concerne :

  • L’utilisation d’Ozempic (indiqué pour le diabète de type 2) à des fins de perte de poids chez des patients non diabétiques et sans obésité clinique constituée
  • La prescription et l’utilisation chez des patients avec un IMC inférieur au seuil d’indication (< 30 kg/m² ou < 27 kg/m² avec comorbidité)
  • L’achat via des circuits non officiels (parapharmacies, sites internet, pseudo-consultations en ligne)

L’étude nationale de cohorte sur le mésusage des GLP-1 et les données EPI-Phare sur les remboursements indiquent qu’une proportion significative des nouvelles initiations de GLP-1 en France ne correspondent pas strictement aux critères des recommandations HAS. L’ANSM a publié une alerte spécifique sur ce sujet et a renforcé les contrôles.

Pourquoi le mésusage est dangereux

Le mésusage n’est pas seulement un problème de conformité réglementaire. Il pose des questions de sécurité concrètes :

Pour les patients utilisateurs hors indication :

  • Prise de risque (effets indésirables, interactions) sans bénéfice médical proportionné — des procès Ozempic et recours juridiques en France ont été engagés par des patients victimes d’effets graves
  • Absence de suivi médical structuré
  • Risque d’achats de contrefaçons si le médicament est indisponible en pharmacie

Pour le système de santé :

  • Contribution à la pénurie d’approvisionnement qui a privé des patients diabétiques de leur traitement vital
  • Pression sur les stocks de Sécurité sociale dans le cadre des prescriptions remboursées pour le diabète

Les mesures prises par l’ANSM

En réponse au mésusage documenté, l’ANSM a :

  1. Émis des recommandations aux prescripteurs pour rappeler les critères d’indication stricts
  2. Sensibilisé les pharmaciens à vérifier la cohérence des ordonnances
  3. Renforcé la surveillance des ventes en ligne et des circuits parallèles
  4. Travaillé avec les industriels pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement et prioritiser les patients diabétiques lors des périodes de tension

Les données épidémiologiques sur l’utilisation en France

Qui prend des GLP-1 en France ?

Les données EPI-Phare permettent de dresser un portrait de la population française traitée par GLP-1 :

  • Âge moyen : environ 55 ans pour les patients sous GLP-1 pour le diabète ; plus jeune (45-50 ans) pour les indications obésité
  • Sexe : légère prédominance féminine dans l’indication obésité ; équilibre dans le diabète
  • Comorbidités : chez les patients diabétiques, haute prévalence d’hypertension, de dyslipidémie et de maladie cardiovasculaire connue
  • Durée de traitement : médiane d’environ 18 mois dans les premières cohortes — un chiffre qui devrait augmenter avec la reconnaissance du traitement comme chronique

Volumes de prescriptions et tendances

Les volumes de prescriptions de GLP-1 en France ont connu une augmentation significative entre 2022 et 2025. L’arrivée de Wegovy (sémaglutide pour l’obésité) sur le marché français a amplifié cette tendance, touchant une population plus large que les seuls patients diabétiques.

Cette explosion des prescriptions est l’une des raisons pour lesquelles la surveillance post-marketing a été considérablement renforcée : plus les volumes sont importants, plus les signaux de sécurité rares deviennent détectables.

Les recommandations pratiques découlant du bilan ANSM

Pour les patients

  1. Déclarez tout effet indésirable à votre médecin ou via portail-signalement.ansm.sante.fr
  2. Signalez votre traitement à tout professionnel de santé consulté, notamment avant une anesthésie
  3. Réalisez un bilan biologique annuel incluant vitamine B12, vitamine D, albumine
  4. N’achetez jamais vos médicaments en dehors d’une pharmacie agréée

Pour les médecins prescripteurs

L’ANSM rappelle les obligations de conformité aux indications AMM et la nécessité d’un suivi médical structuré des patients traités au long cours, notamment pour surveiller les carences et évaluer la réponse au traitement.

Un bilan positif avec des zones de vigilance

En résumé, le bilan 2025-2026 de pharmacovigilance des GLP-1 en France dresse un tableau nuancé mais globalement rassurant :

  • Le profil bénéfice-risque reste favorable dans les indications autorisées
  • Plusieurs signaux de sécurité (gastroparésie, carences) justifient une surveillance et une information renforcées
  • Le mésusage reste un défi majeur de santé publique, avec des conséquences à la fois sur la sécurité des utilisateurs hors indication et sur l’approvisionnement des patients légitimes

Ce suivi rigoureux est la garantie que l’essor des traitements GLP-1 en France se fait dans les meilleures conditions de sécurité possibles — un enjeu crucial alors que ces médicaments pourraient dans les années à venir concerner plusieurs millions de Français.


Sources principales : ANSM (https://ansm.sante.fr), EPI-Phare, publications scientifiques citées. Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Dernière mise à jour : mars 2026.