Pendant des années, obtenir une prescription de Wegovy, Mounjaro ou Saxenda pour l’obésité nécessitait de passer par un endocrinologue, un diabétologue ou un médecin nutritionniste. Les délais d’attente pouvaient atteindre 6 à 12 mois dans certaines régions, privant de nombreux patients d’un accès rapide à ces traitements efficaces. Tout cela a changé le 23 juin 2025.

Ce qui a changé le 23 juin 2025

La décision de l’ANSM

Le 23 juin 2025, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) a publié de nouvelles règles de prescription ANSM faisant évoluer les conditions de prescription et de délivrance des analogues du GLP-1 indiqués dans le traitement de l’obésité. Cette décision concerne spécifiquement :

  • Wegovy (sémaglutide 2,4 mg, Novo Nordisk) — indiqué pour l’obésité et le surpoids avec comorbidité
  • Mounjaro (tirzépatide, Eli Lilly) — indiqué pour l’obésité et le surpoids avec comorbidité
  • Saxenda (liraglutide 3 mg, Novo Nordisk) — indiqué pour l’obésité

L’essentiel de la décision : la primo-prescription de ces trois médicaments n’est plus réservée aux spécialistes. Tout médecin titulaire d’un diplôme d’État de docteur en médecine inscrit à l’Ordre des médecins peut désormais initier un traitement GLP-1 pour l’obésité.

Pourquoi l’ANSM a pris cette décision

Plusieurs facteurs ont conduit à cette évolution réglementaire :

Les délais d’accès devenaient inacceptables : dans les déserts médicaux — qui concernent près de 30 % du territoire français — les délais pour obtenir un rendez-vous avec un endocrinologue dépassaient souvent 6 mois. Des patients éligibles se retrouvaient soit à attendre longtemps, soit à se tourner vers des circuits non encadrés (télémédecine hasardeuse, importation parallèle).

La maturité des généralistes : depuis la disponibilité d’Ozempic pour le diabète et l’explosion de l’intérêt médiatique pour les GLP-1, de nombreux médecins généralistes se sont formés sur ces molécules. La formation médicale continue et les sociétés savantes (SFE, SFN, SFD) avaient déjà produit de nombreux référentiels accessibles aux généralistes.

La réalité du terrain : beaucoup de médecins généralistes prescrivaient déjà informellement un accompagnement vers les spécialistes, avec un rôle central dans le suivi. La formalisation de leur droit à prescrire en primo-prescription ne fait qu’officialiser une pratique qui s’imposait.

La pression épidémiologique : avec 17 % d’adultes obèses en France (et une trajectoire à la hausse), les endocrinologues ne peuvent physiquement pas prendre en charge seuls tous les patients éligibles.

Ce que cela signifie concrètement pour les patients

Vous n’avez plus besoin d’un spécialiste pour une première prescription

C’est le changement le plus important. Si vous souffrez d’obésité (IMC ≥ 30) ou de surpoids avec comorbidité (IMC ≥ 27 avec hypertension, diabète, dyslipidémie ou apnée du sommeil), les conditions de prescription par le médecin généraliste sont désormais remplies et votre médecin traitant peut :

  1. Évaluer votre éligibilité lors d’une consultation dédiée
  2. Prescrire un traitement par Wegovy, Mounjaro ou Saxenda
  3. Initier la titration et assurer le suivi

Vous n’avez plus besoin d’attendre 6 mois pour voir un endocrinologue.

L’endocrinologue reste utile dans certains cas

Cette ouverture ne signifie pas que les spécialistes sont inutiles. Un avis endocrinologique reste précieux — et parfois indispensable — dans les cas suivants :

  • Obésité secondaire suspectée (hypothyroïdie, syndrome de Cushing, SOPK avec résistance sévère à l’insuline)
  • Pathologies endocriniennes associées nécessitant une prise en charge spécialisée
  • Absence de réponse au traitement après 6 mois à dose optimale
  • Effets indésirables graves nécessitant une évaluation approfondie
  • Situations complexes : diabète de type 1, antécédents de pancréatite, insuffisance rénale sévère

Pour les cas “simples” — obésité commune sans pathologie endocrinienne sous-jacente — le généraliste est pleinement légitime.

Le suivi peut aussi se faire chez le généraliste

Le suivi des patients sous GLP-1 relevait aussi souvent d’une consultation spécialisée tous les 3 mois. Désormais, tout ce suivi peut se faire chez le médecin traitant, avec les mêmes référentiels qu’en consultation spécialisée.

Les conditions médicales restent inchangées

L’ANSM a changé qui peut prescrire, pas les critères d’indication

La décision du 23 juin 2025 modifie les conditions de prescription (qui peut prescrire), mais pas les indications des médicaments, qui restent définies par les Autorisations de Mise sur le Marché. Les critères médicaux pour bénéficier d’un traitement GLP-1 pour l’obésité restent les mêmes.

Wegovy (sémaglutide 2,4 mg) — conditions AMM

  • IMC ≥ 30 kg/m² (obésité), ou
  • IMC ≥ 27 kg/m² avec au moins une comorbidité liée au poids (diabète de type 2, hypertension artérielle, dyslipidémie, apnée du sommeil obstructive, maladie cardiovasculaire)
  • Compléter une prise en charge nutritionnelle avec des résultats insuffisants

Mounjaro (tirzépatide) — conditions AMM

  • Mêmes critères d’IMC que Wegovy
  • Indication élargie à l’obésité depuis 2024 pour le marché européen

Saxenda (liraglutide 3 mg) — conditions AMM

  • IMC ≥ 30 kg/m², ou
  • IMC ≥ 27 kg/m² avec au moins un facteur de risque lié au poids
  • En complément d’un régime alimentaire hypocalorique et d’une augmentation de l’activité physique

Les contre-indications à vérifier

Votre médecin — qu’il soit généraliste ou spécialiste — doit impérativement vérifier les contre-indications avant toute prescription :

  • Antécédents personnels ou familiaux de carcinome médullaire de la thyroïde
  • Néoplasie endocrinienne multiple de type 2 (NEM2)
  • Antécédents de pancréatite aiguë ou chronique (précaution d’emploi)
  • Grossesse ou allaitement
  • Hypersensibilité connue à la molécule

Comment se passe la première consultation chez le généraliste ?

Ce que votre médecin va évaluer

Lors de la première consultation dédiée à l’initiation d’un GLP-1, votre médecin généraliste réalisera :

Mesures biométriques : poids, taille, calcul de l’IMC, tour de taille. Si votre IMC n’a pas été évalué récemment, cette étape est indispensable.

Anamnèse orientée : votre médecin vous interrogera sur votre historique de poids, vos tentatives de perte de poids passées (régimes, activité physique), vos antécédents médicaux, vos traitements en cours, et vos antécédents familiaux de cancer thyroïdien ou de pancréatite.

Bilan biologique pré-thérapeutique : avant d’initier le traitement, votre médecin devrait prescrire un bilan sanguin comprenant au minimum la glycémie à jeun (ou HbA1c), le bilan lipidique, la TSH thyroïdienne, la créatinine et le bilan hépatique. Ces analyses permettent de détecter des contre-indications potentielles et d’avoir une baseline métabolique.

Évaluation des médicaments en cours : certains médicaments peuvent interagir avec les GLP-1. Votre médecin vérifiera les interactions potentielles, notamment avec les anticoagulants, les contraceptifs oraux, et les médicaments thyroïdiens.

La prescription et la titration

Si votre bilan est favorable, votre médecin vous prescrira le GLP-1 adapté à votre situation. La prescription se fait sur ordonnance classique, comme n’importe quel autre médicament. L’ordonnance peut être présentée directement en pharmacie.

Le traitement commence toujours par une dose faible (titration) qui augmente progressivement sur plusieurs semaines pour minimiser les effets digestifs :

Pour Wegovy :

  • Semaines 1-4 : 0,25 mg/semaine
  • Semaines 5-8 : 0,5 mg/semaine
  • Semaines 9-12 : 1 mg/semaine
  • Semaines 13-16 : 1,7 mg/semaine
  • À partir de la semaine 17 : 2,4 mg/semaine (dose cible)

Pour Mounjaro :

  • Semaines 1-4 : 2,5 mg/semaine
  • Semaines 5-8 : 5 mg/semaine
  • Puis augmentation possible par paliers de 2,5 mg jusqu’à 15 mg/semaine selon tolérance et réponse

Le suivi recommandé

Votre médecin généraliste assurera le suivi selon les recommandations habituelles :

  • Consultation à 1 mois : évaluation de la tolérance, des effets secondaires éventuels, adaptation de la titration
  • Consultation à 3 mois : premier bilan de l’efficacité, contrôle biologique
  • Consultation à 6 mois : évaluation approfondie — si la perte de poids est inférieure à 5 % du poids initial après 6 mois à dose optimale, une réévaluation de la poursuite du traitement s’impose
  • Consultations trimestrielles ensuite

Ce qui ne change pas : les conditions de remboursement

Les GLP-1 pour l’obésité restent non remboursés en mars 2026

La décision de l’ANSM ouvre la prescription aux généralistes, mais ne modifie pas les conditions de remboursement. En mars 2026, Wegovy, Mounjaro et Saxenda ne sont pas remboursés par l’Assurance Maladie pour l’indication obésité.

La HAS a rendu un avis favorable au remboursement de Wegovy (avis CT du 23 octobre 2024, publié le 4 décembre 2024 ; l’avis CEESP économique date de juillet 2025) et de Mounjaro (décembre 2025), mais uniquement pour les patients avec un IMC initial ≥ 35 kg/m² en cas d’échec de la prise en charge nutritionnelle. L’avis est défavorable pour les autres situations couvertes par l’AMM (IMC 27-35 avec comorbidité). Les négociations de prix avec le CEPS sont en cours, et un remboursement est attendu au second semestre 2026.

Pour les patients diabétiques : situation inchangée

Ozempic (sémaglutide jusqu’à 2 mg) reste indiqué et remboursé uniquement pour le diabète de type 2. Les conditions de remboursement — avec le formulaire Assurance Maladie (sur Amelipro) obligatoire depuis février 2025 — n’ont pas été modifiées par la décision de l’ANSM sur les GLP-1 obésité.

Questions que vous pouvez poser à votre médecin

Si vous souhaitez discuter d’un traitement GLP-1 avec votre médecin généraliste, voici les questions utiles à préparer :

Sur votre éligibilité :

  • “Mon IMC est de X. Suis-je éligible à un traitement par Wegovy ou Mounjaro ?”
  • “J’ai de l’hypertension depuis 3 ans. Est-ce que cela change mon éligibilité si mon IMC est entre 27 et 30 ?”

Sur le choix du médicament :

  • “Quelle est la différence entre Wegovy et Mounjaro dans mon cas ?”
  • “Saxenda est-il une option envisageable comme alternative moins coûteuse ?”

Sur le suivi :

  • “Quels examens dois-je faire avant de commencer ?”
  • “Comment se déroule la montée en dose ?”
  • “Quels effets secondaires dois-je surveiller et signaler en urgence ?”

Sur le remboursement :

  • “À partir de quand le traitement sera-t-il remboursé ?”
  • “Ma mutuelle peut-elle prendre en charge une partie du coût ?”

Questions fréquentes

Mon médecin traitant peut-il prescrire Wegovy depuis juin 2025 ?

Oui, c’est effectif depuis le 23 juin 2025. Tout médecin inscrit à l’Ordre des médecins peut initier une prescription de Wegovy, Mounjaro ou Saxenda pour l’obésité, sous réserve que vous remplissiez les critères d’éligibilité (IMC ≥ 30, ou ≥ 27 avec comorbidité).

Mon médecin traitant n’est pas formé sur les GLP-1. Que faire ?

Tous les médecins ne sont pas encore à l’aise avec ces nouvelles molécules. Si le vôtre ne souhaite pas les prescrire, vous pouvez consulter un autre médecin généraliste — en présentiel ou en télémédecine — sans avoir besoin d’un spécialiste. Des plateformes de télémédecine spécialisées proposent des consultations avec des médecins formés.

Le fait que mon généraliste prescrive plutôt qu’un spécialiste change-t-il le remboursement ?

Non. Le médicament prescrit est le même. La qualité de la prescription (respect des indications, bilan préalable, suivi) compte davantage que la spécialité du prescripteur. Pour le futur remboursement, les conditions seront définies sur les critères médicaux, pas sur le type de prescripteur.

Un généraliste peut-il aussi gérer les effets secondaires si je suis sous Wegovy ?

Oui. La gestion des effets secondaires courants (nausées, vomissements, diarrhée) relève tout à fait des compétences d’un médecin généraliste. En cas d’effet grave — douleur abdominale intense évocatrice de pancréatite, réaction allergique — votre médecin vous orientera vers les urgences ou un spécialiste.

Cette décision concerne-t-elle aussi les prescriptions de renouvellement ?

Les prescriptions de renouvellement étaient déjà accessibles aux généralistes avant juin 2025 pour les patients initiés par un spécialiste. La décision de l’ANSM lève principalement la restriction sur la primo-prescription.


Cet article est basé sur la décision de l’ANSM du 23 juin 2025 relative à l’évolution des conditions de prescription et de délivrance des analogues du GLP-1 indiqués dans l’obésité. Toute décision thérapeutique concernant un traitement GLP-1 doit être prise avec un médecin qualifié après évaluation de votre situation personnelle.