Cinq ans après l’irruption d’Ozempic sur la scène mondiale, et deux ans après le lancement de Mounjaro, un nouveau candidat se profile à l’horizon : le CagriSema. Cette combinaison innovante, développée par Novo Nordisk, associe deux mécanismes d’action distincts pour dépasser les plafonds de perte de poids des traitements actuels. Les résultats de l’étude REDEFINE 1, publiés dans le New England Journal of Medicine début 2025, ont confirmé des performances impressionnantes : une perte de poids moyenne de 22,7 % du poids corporel à 68 semaines. Voici ce que l’on sait, et ce que les patients français peuvent raisonnablement espérer.

Qu’est-ce que le CagriSema ?

Une double action sans précédent

CagriSema est la contraction de cagrilintide + sémaglutide. Il s’agit d’un médicament injectable hebdomadaire qui combine deux principes actifs distincts dans la même seringue :

  • Le sémaglutide : un agoniste du récepteur GLP-1, déjà présent dans Ozempic (diabète) et Wegovy (obésité). Il agit en stimulant la sécrétion d’insuline après les repas, en ralentissant la vidange gastrique et en réduisant l’appétit au niveau cérébral.

  • Le cagrilintide : un analogue de l’amyline, une hormone naturellement produite par le pancréas en même temps que l’insuline. L’amyline joue un rôle dans la régulation de la satiété, le ralentissement de la digestion et la suppression du glucagon. Le cagrilintide est une version longue action de cette hormone, conçue pour une injection hebdomadaire — là où l’amyline naturelle agit sur quelques minutes seulement.

La logique de cette combinaison est de cibler deux voies de régulation de l’appétit et du métabolisme simultanément, avec une synergie démontrée dans les études précliniques et cliniques.

Un positionnement au-dessus de Wegovy et Mounjaro

Pour comprendre l’ambition de CagriSema, il faut replacer les chiffres dans leur contexte. Les meilleures données actuelles sur la perte de poids médicale sont :

  • Wegovy (sémaglutide 2,4 mg) : environ 14 à 16 % de perte de poids à 68 semaines dans l’étude STEP 1
  • Mounjaro/Zepbound (tirzépatide 15 mg) : environ 20 à 22 % de perte de poids dans les études SURMOUNT
  • CagriSema (dose maximale) : 22,7 % de perte de poids à 68 semaines dans REDEFINE 1

Ces différences peuvent sembler faibles en pourcentage, mais se traduisent par des kilos supplémentaires perdus pour des millions de patients. Pour une personne pesant 110 kg, la différence entre 16 % et 22 % représente environ 6 kg supplémentaires.

Les résultats de l’étude REDEFINE 1

Conception de l’étude

REDEFINE 1 est l’étude de phase 3 principale sur CagriSema dans l’indication obésité. Elle a inclus plus de 3 400 participants adultes présentant :

  • Un IMC ≥ 30 kg/m², ou
  • Un IMC ≥ 27 kg/m² avec au moins une comorbidité liée au poids (hypertension, dyslipidémie, diabète de type 2, apnée du sommeil)

L’étude a comparé CagriSema à la dose maximale de 2,4 mg/2,4 mg par semaine à un placebo sur une durée de 68 semaines, avec en parallèle un suivi de l’alimentation et de l’activité physique.

Principaux résultats

Perte de poids :

  • Groupe CagriSema : -22,7 % du poids corporel en moyenne à 68 semaines
  • Groupe placebo : -2,1 %
  • Différence de traitement : -20,6 points de pourcentage

Réponse cliniquement significative :

  • 75 % des participants ont perdu au moins 10 % de leur poids sous CagriSema (contre 10 % sous placebo)
  • 56 % ont perdu au moins 15 % de leur poids
  • 37 % ont perdu au moins 20 % de leur poids — un niveau de perte que seule la chirurgie bariatrique permettait d’atteindre de manière reproductible jusqu’ici

Paramètres métaboliques :

  • Réduction significative de la glycémie à jeun et de l’HbA1c chez les patients diabétiques inclus
  • Amélioration des paramètres lipidiques (cholestérol LDL, triglycérides)
  • Réduction de la tension artérielle systolique de 5 à 6 mmHg en moyenne

Profil de tolérance

Le profil de sécurité de CagriSema est globalement cohérent avec ce qu’on observe avec les autres GLP-1 :

  • Effets digestifs : nausées (44 %), diarrhée (25 %), vomissements (20 %), constipation (15 %). Ces effets sont plus fréquents qu’avec sémaglutide seul, ce qui est attendu compte tenu de la double action du produit.
  • Réactions au site d’injection : légèrement plus fréquentes que sous Wegovy seul, en lien avec le cagrilintide
  • Arrêts de traitement pour effets indésirables : 8,4 % dans le groupe CagriSema vs 2,6 % sous placebo

Aucun signal de sécurité nouveau par rapport aux classes existantes n’a été identifié dans REDEFINE 1.

Où en est l’accès pour les patients ?

La demande d’autorisation FDA (Q1 2026)

Novo Nordisk a annoncé avoir déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) auprès de la Food and Drug Administration (FDA) américaine au premier trimestre 2026. Le processus d’examen standard de la FDA dure généralement 6 à 12 mois. Si l’autorisation est accordée, on peut espérer une commercialisation aux États-Unis d’ici fin 2026 ou début 2027.

Le dossier EMA pour l’Europe

Parallèlement à la procédure FDA, Novo Nordisk prépare un dossier auprès de l’Agence Européenne du Médicament (EMA). Le calendrier exact n’a pas été confirmé officiellement, mais les filiales européennes de Novo Nordisk évoquent un dépôt de dossier EMA dans la seconde moitié de 2026.

Le processus EMA est généralement plus long que la procédure FDA : entre 12 et 18 mois en procédure standard, ou 6 à 9 mois en procédure accélérée si l’EMA accorde le statut d‘“examen accéléré” (Accelerated Assessment), qui peut être demandé pour les médicaments ciblant un besoin médical important non satisfait.

Et en France ?

Pour les patients français, le chemin vers l’accès à CagriSema comporte plusieurs étapes :

  1. Autorisation EMA (2027 probable au plus tôt)
  2. Évaluation par la HAS (6-12 mois supplémentaires après l’AMM)
  3. Négociations CEPS sur le prix remboursé (variable)
  4. Décision de remboursement — qui n’est pas automatique, même avec une AMM

En tenant compte de ces délais réalistes, CagriSema ne sera pas disponible en France avant 2028 au plus tôt dans les conditions habituelles. Un accès précoce via les Autorisations Temporaires d’Utilisation (ATU), aujourd’hui rebaptisées Accès Précoce, est possible si la HAS juge le produit susceptible d’apporter un bénéfice clinique majeur — ce qui reste à démontrer dans le cadre réglementaire français.

Comment CagriSema se compare-t-il aux options actuelles ?

Le point de comparaison : Wegovy et Mounjaro

Pour les patients suivis en France qui s’interrogent sur CagriSema, la référence est Wegovy (sémaglutide 2,4 mg) et Mounjaro (tirzépatide). Ces deux médicaments sont déjà disponibles — et le remboursement de Mounjaro est en cours de négociation pour 2026 en France.

TraitementPerte de poids (étude pivot)FréquenceStatut France
Wegovy~15 %HebdomadaireDisponible, non remboursé
Mounjaro~21 %HebdomadaireDisponible, non remboursé (remboursement en cours)
CagriSema~23 %HebdomadaireNon disponible (AMM non obtenue)

L’avantage de CagriSema en termes de perte de poids supplémentaire est réel, mais modeste comparé à Mounjaro. La vraie question sera le profil de tolérance à plus long terme et le prix — qui déterminera l’accessibilité pour les patients.

Pourquoi ne pas simplement augmenter la dose de Wegovy ?

La question est légitime : pourquoi créer un nouveau médicament alors qu’on pourrait augmenter la dose de sémaglutide ? La réponse tient à la physiologie. Au-delà d’une certaine dose de sémaglutide, les effets indésirables digestifs deviennent trop importants sans bénéfice proportionnel sur la perte de poids. L’ajout du cagrilintide permet d’amplifier la perte de poids via un mécanisme différent, sans simplement “forcer” la dose du GLP-1.

C’est la même logique qui a conduit au succès de Mounjaro : associer GLP-1 et GIP (un autre incrétine) plutôt que d’augmenter la dose de GLP-1 seul.

Ce que CagriSema signifie pour la prise en charge de l’obésité

Vers une efficacité proche de la chirurgie ?

Les résultats de CagriSema rapprochent l’armamentarium médicamenteux des performances de la chirurgie bariatrique, qui permet en moyenne une perte de 25 à 35 % du poids selon la technique. Cette convergence est significative : elle signifie que certains patients pourraient obtenir des résultats chirurgicaux sans passer par la salle d’opération.

Pour les patients dont l’IMC ne justifie pas une chirurgie bariatrique mais qui souffrent néanmoins de complications métaboliques sérieuses — diabète de type 2, hypertension, apnée du sommeil — cette évolution ouvre des perspectives thérapeutiques inédites.

La question de la durabilité

Comme pour tous les traitements GLP-1, la question de la durabilité à l’arrêt reste centrale. Les extensions des études REDEFINE n’ont pas encore publié leurs résultats complets, mais les données préliminaires suggèrent un profil de reprise de poids à l’arrêt similaire à ce qu’on observe avec Wegovy et Mounjaro — c’est-à-dire une reprise partielle à rapide dans les 12 à 18 mois suivant l’arrêt.

Cela confirme la notion que l’obésité est une maladie chronique qui nécessite un traitement continu, comme l’est déjà l’hypertension ou le diabète.

Questions fréquentes

CagriSema est-il déjà disponible en France ?

Non. Au printemps 2026, CagriSema n’a reçu aucune autorisation de mise sur le marché, ni aux États-Unis ni en Europe. La demande FDA a été déposée au premier trimestre 2026. Pour les patients français, un accès dans les conditions normales n’est pas réaliste avant 2028-2029.

CagriSema et Mounjaro sont-ils similaires ?

Non, les mécanismes sont différents. Mounjaro (tirzépatide) combine un agoniste GLP-1 et un agoniste GIP (two incretin hormones). CagriSema combine un agoniste GLP-1 (sémaglutide, la même molécule qu’Ozempic) et un analogue de l’amyline (cagrilintide). Les deux approches visent à amplifier l’effet sur la perte de poids par une double action, mais via des voies biologiques distinctes.

Peut-on participer à des essais cliniques avec CagriSema en France ?

Le programme REDEFINE comporte plusieurs essais de phase 3 (REDEFINE 2, 3, 4…) sur des populations spécifiques (patients diabétiques, patients à haut risque cardiovasculaire). Certains de ces essais incluent des centres en France. Pour savoir si un essai est ouvert près de chez vous, consultez le registre clinicaltrials.gov en cherchant “cagrisema” ou renseignez-vous auprès d’un centre hospitalier universitaire spécialisé en endocrinologie et métabolisme.

Y aura-t-il un médicament encore plus efficace après CagriSema ?

La recherche ne s’arrête pas. Plusieurs combinaisons “tri-agonistes” sont en cours d’évaluation, comme le retatrutide (triple agoniste) — ciblant simultanément trois récepteurs hormonaux différents. Certains candidats préliminaires montrent des pertes de poids de 25 à 30 % dans des études de phase 2. La pharmacologie de l’obésité entre dans une ère de progrès accéléré qui rappelle l’évolution des traitements de l’hépatite C ou du VIH dans d’autres domaines.

Conclusion

CagriSema représente une avancée réelle dans le traitement médicamenteux de l’obésité, avec une perte de poids de 22,7 % dans l’étude REDEFINE 1 — un résultat qui dépasse légèrement Mounjaro et se rapproche des performances de la chirurgie bariatrique. Pour les patients français, les prochaines étapes clés à surveiller sont l’approbation FDA (attendue fin 2026 ou début 2027) et le dépôt du dossier EMA. Un accès en France dans les conditions standard n’est pas prévisible avant 2028 au plus tôt.

En attendant, les patients éligibles à un traitement GLP-1 peuvent déjà bénéficier de Wegovy ou de Mounjaro, deux traitements d’ores et déjà disponibles en pharmacie française avec des niveaux d’efficacité remarquables. Pour un panorama complet, consultez notre article sur les nouveaux GLP-1 attendus en 2026. Le suivi de la recherche clinique sur les nouveaux GLP-1 permet de rester informé des avancées à venir.


Sources : REDEFINE 1 — CagriSema Phase 3 Study Results (NEJM, 2025) ; Novo Nordisk — Dépôt de dossier FDA CagriSema (communiqué de presse, Q1 2026) ; FindHonestCare — CagriSema update (2026). Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas l’avis de votre médecin.