Depuis que les traitements GLP-1 comme Ozempic ont fait la une des médias pour leur efficacité spectaculaire sur la perte de poids avec les GLP-1, un phénomène préoccupant s’est développé en France : le mésusage. Des personnes sans diabète ni obésité diagnostiquée se procurent ces médicaments dans l’espoir de perdre quelques kilos, parfois au détriment de leur santé et de l’approvisionnement des patients qui en ont véritablement besoin. Voici ce que les études récentes et l’ANSM nous apprennent sur cette réalité.

L’ampleur du mésusage en France : les chiffres

L’étude nationale de 2025

Une étude publiée dans la revue Value in Health en 2025 a quantifié pour la première fois l’ampleur du mésusage des GLP-1 en France. Les résultats sont éclairants :

  • 2,2% des utilisateurs de GLP-1 en France sont identifiés comme étant en situation de mésusage — c’est-à-dire qu’ils utilisent ces médicaments en dehors des indications approuvées
  • Cette proportion peut paraître faible, mais rapportée au nombre total d’utilisateurs, elle représente des milliers de patients
  • La tendance est en nette hausse chez les personnes sans diabète ni obésité diagnostiquée

Qui sont les utilisateurs hors indication ?

Le profil type de la personne en situation de mésusage diffère sensiblement du patient pour lequel ces traitements sont conçus :

  • Âge moyen plus jeune que les patients diabétiques habituels
  • IMC souvent inférieur à 30 (c’est-à-dire en surpoids mais pas en obésité médicalement définie)
  • Absence de comorbidités liées au poids
  • Motivation principalement esthétique plutôt que médicale
  • Prescription obtenue auprès du médecin traitant plutôt que d’un spécialiste (endocrinologue, diabétologue)

Les voies de détournement

Le mésusage emprunte plusieurs canaux :

La prescription complaisante : Certains médecins prescrivent des GLP-1 (notamment Ozempic) à des patients qui ne remplissent pas les critères d’indication officiels. L’Assurance Maladie a signalé une augmentation anormale des prescriptions d’Ozempic chez des patients sans diabète de type 2.

L’achat en ligne : Des sites internet non autorisés vendent du sémaglutide ou du tirzépatide sans ordonnance. Outre l’illégalité, ces achats exposent à des risques de contrefaçon graves.

Le partage de traitements : Des patients sous traitement partagent ou revendent leurs stylos injecteurs à des proches, une pratique dangereuse et illégale. Le témoignage de Serena Williams sur les GLP-1 a par ailleurs contribué à la médiatisation de ces traitements, amplifiant la demande hors indication.

Les risques du mésusage

Risques gastro-intestinaux sévères

L’ANSM surveille de près les effets gastro-intestinaux graves associés à l’utilisation des GLP-1, et le mésusage amplifie ces risques pour plusieurs raisons :

Pancréatite aiguë : Le risque de pancréatite sous GLP-1, bien que rare dans le cadre d’une utilisation supervisée, augmente chez les personnes qui ne bénéficient pas d’un suivi médical adapté. Les patients en mésusage ne réalisent pas toujours les bilans biologiques préalables recommandés, et certains présentent des facteurs de risque non identifiés (antécédents biliaires, alcoolisme).

Occlusion intestinale : Des cas d’occlusion intestinale ont été signalés, particulièrement chez des personnes utilisant des doses inappropriées ou augmentant trop rapidement la posologie sans supervision médicale.

Gastroparésie : Le ralentissement de la vidange gastrique — un effet recherché pour la perte de poids — peut devenir problématique et évoluer vers une gastroparésie persistante chez certains patients.

Pour une vue complète des effets secondaires, consultez nos guides sur les effets secondaires d’Ozempic et les effets secondaires de Wegovy.

Risques nutritionnels et métaboliques

Carences nutritionnelles : L’ANSM a identifié un risque de carences nutritionnelles liées au mésusage des GLP-1 chez les personnes qui perdent du poids rapidement sans suivi diététique. Les carences en protéines, fer, vitamines B12 et D sont les plus fréquemment rapportées.

Sarcopénie : La perte de masse musculaire accompagnant la perte de poids rapide est un sujet de préoccupation croissant. Sans accompagnement par une activité physique adaptée et un apport protéique suffisant, la perte de poids obtenue peut être qualitativement délétère.

Hypoglycémies : Chez les personnes non diabétiques, le risque d’hypoglycémie est généralement faible avec les GLP-1 seuls. Cependant, en association avec des régimes très restrictifs (ce que font parfois les personnes en mésusage), des épisodes d’hypoglycémie sont possibles.

Risques psychologiques

Le détournement des GLP-1 à des fins esthétiques peut s’inscrire dans des troubles du comportement alimentaire (TCA). Certains professionnels de santé s’inquiètent du fait que ces médicaments puissent renforcer des comportements restrictifs chez des personnes vulnérables, ou créer une dépendance psychologique à un traitement pour maintenir un poids artificiellement bas.

Les mesures prises par l’ANSM

Sécurisation de la prescription

L’ANSM a pris plusieurs mesures pour encadrer l’utilisation des GLP-1 en France :

Depuis juin 2025 : Tout médecin peut prescrire les GLP-1 pour l’obésité (levée de la restriction aux spécialistes), mais un formulaire de prescription spécifique est désormais obligatoire pour les antidiabétiques GLP-1 utilisés hors de leur indication principale.

Depuis le 1er février 2025 : Un formulaire obligatoire doit accompagner toute prescription de GLP-1 antidiabétiques (Ozempic, Trulicity, Victoza). Ce formulaire vise à vérifier que le prescripteur a bien confirmé l’indication de diabète de type 2.

Surveillance renforcée : L’ANSM a mis en place un suivi de pharmacovigilance renforcé pour les GLP-1, avec un focus particulier sur les signalements provenant de patients sans indication médicale validée.

Le rapport bénéfice/risque confirmé

Malgré les préoccupations liées au mésusage, l’ANSM a confirmé en 2025 que le rapport bénéfice/risque des GLP-1 reste favorable lorsqu’ils sont utilisés conformément aux recommandations. Les effets indésirables graves restent rares dans le cadre d’une utilisation supervisée, et les bénéfices sur la santé des patients obèses ou diabétiques sont bien documentés.

Cette nuance est essentielle : le problème n’est pas le médicament lui-même, mais son utilisation hors cadre.

Comment distinguer usage légitime et mésusage

L’usage légitime

Un usage légitime des GLP-1 répond aux critères suivants :

  • Indication validée : Diabète de type 2, obésité (IMC >= 30) ou surpoids avec comorbidités (IMC >= 27 + complications)
  • Prescription médicale : Par un médecin qui a évalué le rapport bénéfice/risque individuel
  • Suivi médical régulier : Consultations de suivi, bilans biologiques, évaluation de la tolérance
  • Approche globale : Le médicament s’inscrit dans une prise en charge incluant alimentation équilibrée et activité physique

Le mésusage

Les signaux d’alerte d’un mésusage incluent :

  • Utilisation sans diagnostic médical d’obésité ou de diabète
  • Absence de suivi médical régulier
  • Obtention du médicament via des canaux non officiels (internet, partage)
  • Augmentation de la dose sans avis médical
  • Utilisation simultanée avec des régimes très restrictifs
  • Objectif uniquement esthétique sans bénéfice de santé attendu

Les conséquences pour les patients légitimes

Tensions d’approvisionnement

Le détournement des GLP-1 a contribué aux tensions d’approvisionnement qui ont affecté la France en 2023-2024. Des patients diabétiques de type 2 se sont retrouvés sans traitement parce que leurs médicaments étaient accaparés par des utilisateurs hors indication.

Bien que la situation se soit améliorée en 2025-2026 grâce à l’augmentation de la production par Novo Nordisk et Eli Lilly, les tensions persistent de manière intermittente.

Impact sur la perception publique

Le mésusage nourrit une image négative des traitements GLP-1 dans l’opinion publique, les associant à des “pilules pour maigrir” plutôt qu’à des traitements médicaux validés. Cette perception peut décourager des patients qui en auraient véritablement besoin de consulter leur médecin.

Que faire si vous envisagez un traitement GLP-1

Les bonnes démarches

Si vous pensez que votre poids affecte votre santé, voici les étapes recommandées :

  1. Consultez votre médecin traitant pour une évaluation complète (IMC, comorbidités, bilan biologique)
  2. Discutez des options thérapeutiques : alimentation, activité physique, et éventuellement traitement médicamenteux
  3. Si un GLP-1 est prescrit, respectez les posologies, le suivi médical et les bilans recommandés
  4. Ne partagez jamais votre traitement avec un proche

Pour comparer les différents traitements GLP-1 disponibles, consultez notre guide Quel traitement GLP-1 choisir ?.

Les questions à poser à votre médecin

  • Suis-je éligible à un traitement GLP-1 selon les critères officiels ?
  • Quels examens préalables sont nécessaires ?
  • Quel sera le protocole de suivi ?
  • Quels sont les effets secondaires à surveiller ?
  • Quelle sera la durée prévue du traitement ?

Questions fréquentes

Peut-on se faire prescrire Ozempic juste pour perdre du poids ?

Ozempic est indiqué pour le diabète de type 2, pas pour la perte de poids seule. Wegovy (même molécule, dosage différent) est approuvé pour l’obésité. Se faire prescrire Ozempic uniquement pour maigrir sans diabète constitue un mésusage et prive les patients diabétiques de leur traitement.

L’ANSM va-t-elle interdire les GLP-1 pour l’obésité ?

Non. L’ANSM confirme le rapport bénéfice/risque favorable des GLP-1 lorsqu’ils sont utilisés conformément aux recommandations. Wegovy et Mounjaro sont approuvés pour l’obésité. C’est le détournement d’Ozempic (indiqué pour le diabète) qui est problématique, pas l’utilisation des GLP-1 anti-obésité dans leur indication.

Quels sont les risques si j’achète un GLP-1 en ligne sans ordonnance ?

Les risques sont multiples : produit contrefait, dosage incorrect, absence de suivi médical, effets secondaires non détectés, interactions médicamenteuses. Consultez notre article sur les contrefaçons GLP-1 pour comprendre les dangers.

Le formulaire obligatoire va-t-il rendre l’accès plus difficile pour les vrais patients ?

Le formulaire vise spécifiquement les prescriptions d’antidiabétiques GLP-1 pour s’assurer que l’indication de diabète de type 2 est bien confirmée. Il ne concerne pas les prescriptions de Wegovy ou Mounjaro pour l’obésité, qui suivent leur propre circuit de prescription. Pour lutter contre le mésusage, l’ANSM a mis en place les nouvelles règles de prescription ANSM pour les GLP-1 applicables depuis 2025.


Sources : Étude Value in Health (2025) sur le mésusage des GLP-1 en France, ANSM - Bilan de pharmacovigilance des analogues du GLP-1, Le Quotidien du Médecin. Consultez votre médecin pour des conseils personnalisés.