A retenir

Deux études distinctes présentées à l’AAOS 2026 confirment un risque accru de blessures osseuses et tendineuses chez les personnes traitées par des médicaments GLP-1. La première (UTMB, 78 590 patients) met en évidence des ruptures tendineuses significativement plus fréquentes — coiffe des rotateurs, tendon d’Achille, tendon pectoral. La seconde (Michigan State, 73 483 patients) révèle un sur-risque d’ostéoporose et de goutte. Ces résultats complètent les données déjà connues sur l’ostéoporose sous GLP-1 et invitent à une vigilance accrue, notamment chez les patients physiquement actifs.


Les agonistes du récepteur GLP-1 comme Ozempic, Wegovy et Mounjaro permettent des pertes de poids spectaculaires, souvent comprises entre 10 et 20 % du poids corporel en moins d’un an. Cette transformation rapide est bénéfique pour la santé cardiovasculaire et métabolique, mais elle s’accompagne de changements structurels dans les muscles, les tendons et les os que le corps n’a pas toujours le temps d’intégrer. Deux grandes études américaines présentées à l’AAOS début 2026 mettent désormais en lumière un risque de blessures musculosquelettiques qu’il serait imprudent d’ignorer.

L’étude 2026 : fractures et tendons dans le collimateur

Deux études distinctes, un signal convergent

Contrairement à ce qui a pu être relayé dans certains médias, il ne s’agit pas d’une seule étude sur 150 000 patients, mais de deux études distinctes présentées à l’AAOS (American Academy of Orthopaedic Surgeons) en mars 2026.

L’étude UTMB (University of Texas Medical Branch) a analysé les données de 78 590 patients traités par des agonistes GLP-1, en les comparant à un groupe témoin de profil équivalent. Elle s’est concentrée sur les ruptures tendineuses — coiffe des rotateurs, tendon d’Achille, tendon pectoral — survenues pendant le traitement.

L’étude Michigan State a porté sur 73 483 patients et a exploré un autre versant du risque musculosquelettique : l’ostéoporose et la goutte sous GLP-1.

Les deux travaux convergent vers le même constat : les agonistes GLP-1 sont associés à un risque accru de complications musculosquelettiques qu’il convient de surveiller.

Les résultats : un risque relatif accru mais un risque absolu modéré

L’étude UTMB fournit des chiffres précis sur le sur-risque de ruptures tendineuses chez les patients sous GLP-1 par rapport au groupe témoin :

Type de rupture tendineuseHazard RatioSur-risque relatif
Coiffe des rotateurs (épaule)HR 1,55+55 %
Tendon d’Achille (cheville)HR 1,49+49 %
Tendon pectoral (poitrine)HR 1,46+46 %

En termes simples, un patient sous GLP-1 a environ une fois et demie plus de risque de subir une rupture de la coiffe des rotateurs qu’un patient non traité, à profil de santé équivalent. Pour le tendon d’Achille et le tendon pectoral, le sur-risque est du même ordre.

Il est important de souligner que ces augmentations de risque sont relatives, pas absolues. En valeur absolue, le nombre de patients concernés reste limité. Mais à l’échelle de millions de personnes traitées dans le monde, ces signaux méritent une attention sérieuse.

Pourquoi les GLP-1 fragilisent-ils os et tendons ?

La perte de masse musculaire : le facteur clé

Le premier mécanisme incriminé est la perte musculaire et fragilité osseuse sous GLP-1 qui accompagne inévitablement la perte de poids. Lorsqu’un patient maigrit rapidement, il perd à la fois de la graisse et de la masse maigre (muscles). On estime qu’environ 26 à 40 % du poids perdu sous GLP-1 correspond à de la masse musculaire — et jusqu’à 45 % dans l’essai STEP 1 — même avec un apport protéique adéquat.

Or les muscles jouent un rôle protecteur fondamental pour les os et les tendons. Ils absorbent les chocs, stabilisent les articulations et répartissent les contraintes mécaniques lors des mouvements. Des muscles plus faibles signifient des tendons et des os plus exposés aux contraintes, notamment lors d’activités physiques.

C’est précisément le paradoxe que pointent les auteurs de l’étude : au moment où les patients, encouragés par leur perte de poids, recommencent à pratiquer une activité physique plus intense, leur corps n’est pas encore adapté à ce nouveau niveau d’effort.

L’inadaptation tendineuse à la perte de poids

Les tendons sont des structures relativement peu vascularisées, ce qui leur confère une capacité de renouvellement lente. Lorsque le poids corporel diminue rapidement, les tendons ne s’adaptent pas au même rythme que les muscles ou que la graisse. Ils peuvent rester sous tension inadaptée par rapport aux nouvelles contraintes biomécaniques.

Par ailleurs, la modification de la composition corporelle change la façon dont le poids est distribué lors de la marche, de la course ou des activités sportives, ce qui peut générer de nouvelles contraintes sur des tendons non préparés à cette charge.

Le rôle de la carence en protéines et micronutriments

Sous GLP-1, l’appétit est significativement réduit. Ce qui est une bonne chose pour la perte de poids peut devenir problématique si l’alimentation devient insuffisante en certains nutriments essentiels :

Protéines : Indispensables pour la synthèse du collagène, composant structurel des tendons et des os. Une carence protéique ralentit la réparation des micro-traumatismes et fragilise les structures tendineuses.

Vitamine D : Essentielle pour l’absorption du calcium et la minéralisation osseuse. Sa carence est très fréquente en France, et encore plus chez les personnes en situation d’obésité.

Calcium : Sous GLP-1, si l’alimentation se réduit globalement, les apports en calcium peuvent diminuer, fragilisant la densité osseuse à moyen terme.

Magnésium : Souvent négligé, le magnésium joue un rôle dans la fonction musculaire et la prévention des crampes et contractures qui précèdent parfois les blessures tendineuses.

Un effet direct sur la biologie des tendons ?

Une hypothèse encore explorée porte sur l’existence de récepteurs GLP-1 dans les tendons et les cellules osseuses. Des études in vitro suggèrent que le sémaglutide et le tirzépatide pourraient modifier la biologie des ténocytes (cellules constitutives des tendons), mais les données chez l’homme restent préliminaires et ne permettent pas de conclure à un effet toxique direct.

Qui est particulièrement exposé ?

Les patients qui reprennent une activité physique intensive

C’est le profil le plus à risque, et probablement le plus fréquent. De nombreux patients sous GLP-1, encouragés par leur perte de poids et leur regain d’énergie, reprennent ou intensifient une activité sportive. Cette reprise est souvent trop rapide par rapport à l’état réel de leur appareil musculosquelettique, fragilisé par la perte de masse musculaire.

Les fractures de stress surviennent typiquement chez des personnes qui augmentent brutalement leur volume d’entraînement — course à pied, randonnée, sports collectifs — sans laisser au corps le temps de s’adapter. Les tendons d’Achille, les tendons rotuliens et les métatarses sont les localisations les plus fréquentes.

Les patients âgés de plus de 50 ans

Avec l’âge, la capacité de régénération des tendons et des os diminue. La combinaison d’une perte de masse musculaire rapide et d’un tissu tendineux moins élastique crée un terrain favorable aux blessures.

Les patients en déficit nutritionnel

Les personnes qui réduisent drastiquement leurs apports alimentaires sous GLP-1 — en mangeant moins de 1 000 à 1 200 kcal/jour — s’exposent à des carences qui fragilisent directement os et tendons. Un suivi nutritionnel régulier est particulièrement important dans ces cas.

Les sportifs confirmés

Paradoxalement, les sportifs habitués qui continuent leur pratique intensive sous GLP-1 peuvent aussi être exposés. La réduction de la masse musculaire modifie leurs appuis et leur biomécanique, créant des déséquilibres susceptibles de provoquer des tendinites ou des fractures de stress dans des zones inhabituelles.

Prévenir les blessures : que faire concrètement ?

Reprendre l’activité physique progressivement

Si vous étiez peu actif avant le traitement et que vous souhaitez recommencer à faire du sport, la règle d’or est la progressivité. L’organisme doit s’adapter à la fois à la nouvelle composition corporelle et aux nouvelles contraintes mécaniques.

Une progression raisonnable pourrait ressembler à ceci :

  • Mois 1-2 : Marche quotidienne de 30 à 45 minutes, natation, vélo sans résistance
  • Mois 3-4 : Introduction de la musculation légère avec mise en charge progressive
  • Mois 5-6 et au-delà : Augmentation progressive de l’intensité et du volume

Évitez d’augmenter votre volume d’entraînement de plus de 10 % par semaine. C’est la règle des 10 % bien connue des coureurs, qui s’applique particulièrement bien aux patients sous GLP-1. Notre guide sur le sport et l’activité physique sous GLP-1 vous donnera des repères pratiques pour structurer votre reprise.

Maintenir un apport protéique suffisant

La recommandation générale pour les patients sous GLP-1 est de consommer au minimum 1,2 à 1,5 g de protéines par kilogramme de poids idéal par jour. Cet apport est essentiel pour préserver la masse musculaire et soutenir la synthèse de collagène dans les tendons.

Concrètement, pour une personne visant un poids de 70 kg, cela représente 84 à 105 g de protéines par jour — à répartir sur tous les repas, en privilégiant des sources de haute qualité biologique (viandes maigres, poissons, œufs, légumineuses, produits laitiers).

Si votre appétit est très réduit sous traitement et que vous avez du mal à atteindre ces apports, parlez-en à votre médecin ou à un diététicien. Des compléments protéiques peuvent être envisagés.

Supplémenter en vitamine D

La supplémentation en vitamine D est recommandée chez la grande majorité des patients sous GLP-1, en particulier entre octobre et avril. Une dose quotidienne de 1 000 à 2 000 UI/jour est généralement adaptée, mais votre médecin peut ajuster en fonction de votre taux sanguin (dosage de la 25-OH-D3).

Un apport calcique alimentaire suffisant (1 000 à 1 200 mg/jour pour les adultes) est également important. Le lait, les yaourts, les fromages, les sardines en conserve avec arêtes et certaines eaux minérales (Contrex, Hépar) sont de bonnes sources.

Signaler toute douleur inhabituellement persistante

Une douleur qui persiste après l’effort, notamment au niveau des tendons, des pieds ou des jambes, ne doit pas être ignorée. Les fractures de stress se manifestent souvent par une douleur localisée qui s’aggrave à l’effort et s’améliore au repos. Si une telle douleur dure plus d’une semaine malgré le repos, consultez un médecin.

De même, une tendinite naissante qui n’est pas correctement soignée peut évoluer vers une rupture tendineuse — complication bien plus grave nécessitant parfois une intervention chirurgicale.

Ce que disent les autorités de santé

Aucune alerte officielle à ce jour

À la date de mars 2026, ni l’EMA, ni l’ANSM, ni la FDA n’ont émis d’alerte spécifique sur le risque de fractures de stress ou de ruptures tendineuses sous GLP-1. Les résultats de l’étude 2026 sont récents et nécessitent une confirmation par d’autres travaux indépendants avant d’entraîner une modification des recommandations officielles ou des résumés des caractéristiques du produit (RCP).

Cependant, les RCP de Wegovy et d’Ozempic mentionnent déjà la réduction de la masse maigre comme un effet observé, et les recommandations de maintien d’un apport protéique suffisant figurent dans les guides de bonne pratique associés.

Un signal qui s’ajoute à d’autres données osseuses

Ces nouvelles données s’inscrivent dans un contexte où plusieurs études récentes signalent des effets musculosquelettiques des GLP-1 jusqu’alors peu documentés. L’étude AAOS sur l’ostéoporose et la goutte sous GLP-1 avait déjà attiré l’attention en mars 2026 sur la fragilisation osseuse. Les données sur les fractures de stress et les tendons constituent un signal complémentaire qui commence à former un tableau cohérent.

Mettre en perspective : les bénéfices restent supérieurs aux risques

Il serait erroné de conclure de ces données qu’il faut éviter les GLP-1 ou ne pas faire d’activité physique sous traitement. L’obésité elle-même est un facteur de risque majeur d’arthrose, de fractures (du fait des chutes liées au déséquilibre), de douleurs articulaires chroniques et de limitations fonctionnelles. Les bénéfices des GLP-1 sur la santé cardiovasculaire, métabolique et articulaire restent largement documentés.

L’objectif n’est pas d’alarmer, mais d’informer pour mieux prévenir. Une reprise d’activité physique progressive, une alimentation riche en protéines et en micronutriments, et une surveillance médicale régulière permettent de profiter pleinement des bénéfices du traitement tout en minimisant les risques de blessures.

Questions fréquentes

Les GLP-1 causent-ils directement des ruptures tendineuses ? Aucun lien de causalité direct n’est établi à ce jour. Le mécanisme le plus probable est indirect : la perte de masse musculaire rapide fragilise le soutien mécanique des tendons, les rendant plus vulnérables lors d’efforts. Une reprise d’activité progressive et un apport protéique suffisant limitent ce risque.

Dois-je arrêter le sport sous GLP-1 ? Non, au contraire. L’activité physique est bénéfique et recommandée sous traitement GLP-1, notamment la musculation et les exercices avec mise en charge qui préservent la masse musculaire et osseuse. L’important est de reprendre progressivement et d’éviter les augmentations brutales de volume ou d’intensité.

Que faire si j’ai une douleur au tendon ? Consultez votre médecin si la douleur persiste plus d’une semaine malgré le repos. Ne continuez pas à solliciter un tendon douloureux, car une tendinite négligée peut évoluer vers une rupture.

Faut-il prendre des suppléments sous GLP-1 ? Une supplémentation en vitamine D est recommandée pour la plupart des patients, surtout en période hivernale. Pour les protéines et le calcium, privilégiez d’abord les sources alimentaires. En cas de doute, consultez votre médecin ou un diététicien.

Ces risques concernent-ils tous les GLP-1 de la même façon ? Les études AAOS 2026 portent sur les agonistes GLP-1 en général, sans distinguer nettement les molécules entre elles. Le mécanisme principal étant lié à la perte de poids et de masse musculaire, les molécules induisant les pertes de poids les plus importantes (sémaglutide 2,4 mg, tirzépatide) pourraient théoriquement présenter un risque plus élevé, mais cela reste à confirmer.