GLP-1 et Vision : Ce que vous devez savoir sur la NOIAN

Depuis juin 2025, un signal de pharmacovigilance a conduit les autorités européennes à mettre à jour les notices des traitements GLP-1 à base de sémaglutide. Le PRAC (Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance) a recommandé l’ajout de la neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOIAN) comme effet indésirable très rare à surveiller pour Ozempic et Wegovy.

Cet effet reste très rare — estimé à environ 1 cas pour 10 000 patients traités — mais sa gravité potentielle, pouvant aller jusqu’à une perte permanente de la vision, justifie une information claire de tous les patients sous sémaglutide.

Qu’est-ce que la NOIAN ?

La neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOIAN) est une affection ophtalmologique provoquée par une interruption soudaine du flux sanguin vers le nerf optique. Contrairement à la forme artéritique (liée à une maladie des vaisseaux), la forme non artéritique survient sans cause inflammatoire identifiée.

Comment ça se manifeste ?

La NOIAN se traduit habituellement par :

  • Une perte de vision soudaine et indolore dans un œil, souvent au réveil
  • Un défaut du champ visuel : une zone aveugle (scotome) dans la partie inférieure ou centrale de la vision
  • Une vision floue ou voilée d’apparition rapide
  • Parfois une légère douleur oculaire au mouvement du globe

Important : la perte de vision est souvent définitive en l’absence de prise en charge rapide. Certains patients récupèrent partiellement leur vision, mais les séquelles visuelles sont fréquentes.

Quel est le lien avec les traitements GLP-1 ?

La recommandation du PRAC en 2025

Suite à une revue systématique des données de pharmacovigilance, le Comité européen de pharmacovigilance (PRAC) a conclu en juin 2025 qu’il existait un signal statistiquement significatif associant les analogues GLP-1 à base de sémaglutide (Ozempic, Wegovy) à la survenue de NOIAN.

Cette association a été initialement mise en évidence par une étude publiée dans le JAMA Ophthalmology en 2024, qui observait une incidence plus élevée de NOIAN chez les patients diabétiques de type 2 traités par sémaglutide comparativement aux patients recevant d’autres antidiabétiques. Le risque absolu restait néanmoins très faible : environ 13,1 cas pour 100 000 personnes-années sous sémaglutide, contre 6,9 pour les patients non traités.

Quel mécanisme est suspecté ?

La physiopathologie exacte n’est pas encore totalement comprise. Plusieurs hypothèses sont avancées par les chercheurs :

  • La perte de poids rapide associée aux traitements GLP-1 pourrait entraîner une réduction de la pression intraorbitaire et fragiliser la vascularisation du nerf optique
  • Le sémaglutide pourrait influencer la rhéologie sanguine (viscosité et débit) dans les petits vaisseaux ophtalmiques
  • Une hypotension artérielle relative liée à la perte de poids pourrait réduire le flux sanguin en direction du nerf optique, notamment chez les patients hypertendus traités

Ces mécanismes restent à confirmer par des études dédiées. Le lien de causalité n’est pas formellement établi, mais le signal est suffisamment préoccupant pour avoir justifié une mise à jour des notices.

Qui est particulièrement à risque ?

D’après les données disponibles et les recommandations du PRAC, certains facteurs semblent augmenter le risque de NOIAN sous GLP-1 :

Facteurs de risque identifiés

  • Diabète de type 2 non équilibré : la microangiopathie diabétique fragilise naturellement les vaisseaux du nerf optique
  • Hypertension artérielle : surtout si elle est mal contrôlée ou en cours d’ajustement thérapeutique
  • SAOS (syndrome d’apnée du sommeil) : associé à une hypoxie nocturne chronique et à des fluctuations tensionnelles
  • Antécédent de NOIAN dans l’autre œil : le risque de récidive controlatérale est majoré
  • Athérosclérose et maladie cardiovasculaire connue
  • Tabagisme actif
  • Rapport cup/disc élevé (petit rapport entre la cavité centrale du nerf optique et son diamètre total) : facteur anatomique identifié par l’ophtalmologue

Patients sans facteur de risque

La NOIAN peut également survenir chez des patients sans facteur de risque identifiable. C’est pourquoi la vigilance s’applique à tous les patients traités par sémaglutide, même en bonne santé oculaire.

Quels symptômes doivent vous alerter ?

Si vous prenez Ozempic, Wegovy ou Rybelsus (sémaglutide oral) et que vous observez l’un des signes suivants, consultez un ophtalmologue en urgence le jour même :

  • Flou visuel soudain dans un œil
  • Perte de vision partielle ou totale dans un œil (même momentanée)
  • Voile sombre ou zone noire dans votre champ de vision
  • Difficulté à lire avec un seul œil fermé
  • Douleur oculaire inhabituelle

Ne différez pas. La NOIAN est une urgence ophtalmologique. Plus la prise en charge est rapide, plus les chances de limiter les séquelles visuelles sont importantes. Dans tous les cas, prévenez également votre médecin prescripteur.

Quelle est la conduite à tenir pour le médecin ?

Avant de débuter un traitement GLP-1

Les recommandations actuelles ne préconisent pas d’examen ophtalmologique systématique avant l’instauration d’un traitement par sémaglutide. En revanche, le médecin doit :

  • Informer le patient de ce risque rare mais grave
  • Identifier les facteurs de risque ophtalmologiques (antécédents de NOIAN, glaucome, artère ophtalmique pathologique)
  • Adresser à un ophtalmologue les patients ayant un antécédent de NOIAN, un diabète compliqué de rétinopathie avancée ou une hypertension mal contrôlée

Pendant le traitement

Il n’existe pas de surveillance ophtalmologique réglementaire spécifique liée au traitement GLP-1. Cependant :

  • Tout symptôme visuel doit être pris au sérieux et investigué rapidement
  • Chez les patients diabétiques, le dépistage annuel de la rétinopathie diabétique est maintenu
  • En cas de NOIAN avérée, l’EMA recommande l’arrêt du traitement par sémaglutide. La décision finale doit être discutée au cas par cas avec un ophtalmologue en tenant compte du bénéfice global du traitement

Ce risque concerne-t-il tous les GLP-1 ?

La recommandation du PRAC en 2025 concerne spécifiquement les molécules de sémaglutide : Ozempic (sémaglutide injectable pour le diabète), Wegovy (sémaglutide 2,4 mg pour l’obésité) et Rybelsus (sémaglutide oral).

Pour l’heure, ce signal n’a pas été formellement identifié pour les autres GLP-1 comme :

  • Le liraglutide (Victoza, Saxenda)
  • Le tirzépatide (Mounjaro)
  • Le dulaglutide (Trulicity)

Cela peut en partie s’expliquer par le fait que le sémaglutide est le GLP-1 le plus prescrit au monde, ce qui augmente mécaniquement la détection de signaux rares. Des études spécifiques pour les autres molécules sont en cours.

Doit-on arrêter son traitement par précaution ?

Non, sauf avis médical contraire. Le bénéfice-risque des traitements GLP-1 à base de sémaglutide reste globalement favorable pour les patients correctement indiqués. La NOIAN est un effet indésirable grave mais extrêmement rare, et le risque cardiovasculaire ou métabolique lié à l’obésité non traitée est généralement bien supérieur.

La décision de modifier ou d’interrompre un traitement appartient toujours au médecin, en concertation avec le patient. Si vous avez des inquiétudes spécifiques concernant votre vision ou vos facteurs de risque ophtalmologiques, parlez-en lors de votre prochaine consultation.

Questions fréquentes sur la NOIAN et les GLP-1

La NOIAN est-elle réversible ? Malheureusement, la récupération visuelle est souvent partielle. Environ 30 à 40 % des patients récupèrent partiellement leur vision dans les semaines suivant l’épisode, mais une perte séquelle est fréquente. Il n’existe pas de traitement curatif validé pour la NOIAN.

Faut-il prévenir son ophtalmologue qu’on prend un GLP-1 ? Oui, il est conseillé de mentionner votre traitement lors de chaque examen ophtalmologique. Cette information peut influencer la surveillance et la conduite à tenir en cas de modification visuelle.

Le risque augmente-t-il avec la durée du traitement ? Les données actuelles ne permettent pas de répondre définitivement à cette question. Les cas rapportés ont survenu à différents stades du traitement. La vigilance doit donc être maintenue sur toute la durée de la prescription.

L’arrêt du traitement GLP-1 après une NOIAN prévient-il une récidive ? Il n’existe pas de données permettant de conclure formellement. L’arrêt peut être envisagé, mais la décision doit être individualisée en tenant compte du bénéfice global du traitement pour le patient.

Conclusion : une vigilance accrue, pas une alarme

La neuropathie optique ischémique associée aux GLP-1 à base de sémaglutide est un signal de pharmacovigilance sérieux, mais il doit être remis en perspective. Ce risque reste très rare (moins de 2 cas pour 10 000 patients selon les premières estimations) et les bénéfices des traitements GLP-1 sur le contrôle glycémique, la perte de poids et la protection cardiovasculaire sont solidement établis.

L’essentiel est que chaque patient soit informé de ce risque, sache reconnaître les symptômes et sache réagir rapidement en cas de symptôme visuel. Une communication transparente entre le patient et son médecin reste la meilleure protection.

Pour consulter la liste complète des effets secondaires du sémaglutide, consultez notre guide dédié. Pour en savoir plus sur la surveillance des GLP-1 par l’ANSM, retrouvez notre article sur les règles de prescription ANSM en France.


Sources : PRAC — Compte-rendu de la réunion de juin 2025 (EMA) ; JAMA Ophthalmology, “Semaglutide and risk of non-arteritic anterior ischemic optic neuropathy”, 2024 ; Medscape France, 2025. Article révisé par l’équipe médicale de GLP-1 France — mars 2026.