À retenir

Si vous planifiez une grossesse sous traitement GLP-1, arrêtez le traitement au moins 2 mois avant la conception pour Ozempic et Wegovy (sémaglutide), et au moins 1 mois avant pour Mounjaro (tirzépatide). Les données de sécurité sur l’embryon sont encore insuffisantes pour garantir l’absence de risque.


De plus en plus de femmes en âge de procréer reçoivent des traitements GLP-1 pour l’obésité ou le diabète de type 2. La question de la grossesse — et de la fenêtre d’arrêt du traitement avant conception — est donc devenue une question médicale fréquente et importante. Ce guide répond à toutes les questions que vous pouvez vous poser si vous souhaitez concevoir tout en étant ou en ayant été sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro.

Pourquoi arrêter le GLP-1 avant de concevoir ?

Les données de sécurité sont insuffisantes

Les études de tératogénicité sur les GLP-1 ont été menées sur des animaux. Chez les rongeurs et les lapins, des doses élevées de sémaglutide ont été associées à des malformations fœtales et des avortements spontanés. Ces effets ont été observés à des doses supra-thérapeutiques et ne se traduisent pas forcément chez l’être humain, mais l’absence de données humaines solides justifie la précaution.

Les essais cliniques sur Wegovy et Ozempic excluaient systématiquement les femmes enceintes ou planifiant une grossesse. Les données de pharmacovigilance post-commercialisation sont encore trop limitées pour établir un profil de sécurité complet.

La règle est donc : absence de preuve de sécurité = précaution maximal.

La demi-vie longue du sémaglutide

Le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) a une demi-vie d’environ 7 jours. Cela signifie qu’après l’arrêt de l’injection, il faut environ 5 demi-vies pour que la molécule soit éliminée à plus de 95 % de l’organisme, soit environ 5 à 7 semaines.

Pour avoir une marge de sécurité raisonnable, les autorités sanitaires et les fabricants recommandent d’arrêter le sémaglutide au moins 2 mois avant la conception prévue.

Le tirzépatide (Mounjaro) a une demi-vie légèrement plus courte (~5 jours). Le fabricant recommande un arrêt au moins 1 mois avant la conception, mais beaucoup de médecins appliquent par précaution la même règle des 2 mois.

Que disent les notices officielles ?

Ozempic (sémaglutide injectable 0,5-2 mg)

La notice Ozempic indique : “Ozempic ne doit pas être utilisé pendant la grossesse. Si une patiente souhaite être enceinte, ou si une grossesse survient, Ozempic doit être arrêté au moins 2 mois avant une grossesse planifiée en raison de la longue demi-vie du sémaglutide.”

Wegovy (sémaglutide injectable 2,4 mg)

Même principe que pour Ozempic, avec la recommandation d’arrêt 2 mois avant la conception.

Mounjaro (tirzépatide)

La notice Mounjaro indique que le médicament est déconseillé pendant la grossesse. Le fabricant recommande un arrêt au moins 1 mois avant une grossesse planifiée, mais précise que des données humaines de sécurité manquent.

GLP-1 et fertilité : quels effets ?

Un effet indirect positif via la perte de poids

L’obésité est associée à des troubles de la fertilité chez la femme : cycles irréguliers, anovulation, syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). La perte de poids induite par les GLP-1 peut améliorer ces paramètres et augmenter les chances de conception.

Des données observationnelles montrent que des femmes sous GLP-1 pour obésité ont vu leurs cycles se régulariser et leur fertilité s’améliorer. Certaines grossesses non planifiées ont été rapportées chez des femmes qui pensaient ne pas pouvoir concevoir en raison de leur obésité.

Point d’attention important : la perte de poids sous GLP-1 peut rétablir l’ovulation chez des femmes qui n’ovulaient plus en raison de leur surpoids, même si elles utilisaient une contraception basée sur une supposée infertilité. Si vous ne souhaitez pas concevoir, assurez-vous d’utiliser une contraception efficace.

Le SOPK et les GLP-1

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est la principale cause d’anovulation chez la femme en âge de procréer et est fréquemment associé à l’insulinorésistance et l’obésité. Les GLP-1 améliorent la sensibilité à l’insuline et réduisent les androgènes en excès associés au SOPK — deux mécanismes qui peuvent améliorer la régularité des cycles et la fertilité.

Des études pilotes montrent des résultats encourageants chez les femmes avec SOPK traitées par GLP-1, mais des essais randomisés de grande taille manquent encore.

Chez les femmes sans trouble de fertilité connu

Pour une femme obèse sans infertilité avérée, les GLP-1 n’ont pas d’effet direct négatif sur la fertilité. La perte de poids peut au contraire améliorer les paramètres hormonaux et métaboliques favorables à la grossesse.

Planification de la grossesse : le protocole recommandé

Étape 1 : Informer son médecin en amont

Dès que vous envisagez une grossesse dans les mois à venir, parlez-en à votre médecin prescripteur. Il faut planifier l’arrêt du traitement et évaluer les alternatives pour maintenir l’équilibre glycémique si vous avez un diabète.

Étape 2 : Arrêter le GLP-1 au bon moment

  • Ozempic / Wegovy : arrêt 2 mois avant la tentative de conception
  • Mounjaro : arrêt 1 à 2 mois avant la tentative de conception

Étape 3 : Adapter le traitement du diabète (si applicable)

Si vous prenez un GLP-1 pour le diabète de type 2, l’arrêt du traitement nécessite de remplacer le contrôle glycémique par une autre approche — souvent l’insuline, qui est le traitement de référence du diabète en grossesse. Cette transition doit être planifiée avec votre diabétologue ou endocrinologue.

Étape 4 : Supplémentation préconceptionnelle

L’acide folique (400 mcg/jour minimum, souvent 5 mg pour les femmes obèses) doit être débuté au moins 3 mois avant la conception pour réduire le risque de spina bifida. Cette supplémentation est indépendante de la question du GLP-1, mais s’inscrit dans la même planification.

Étape 5 : Grossesse non planifiée

Si vous découvrez une grossesse en cours de traitement GLP-1, arrêtez immédiatement le traitement et contactez votre médecin sans délai. Ne paniquez pas : les données disponibles ne montrent pas de signal alarmant dans les grossesses accidentellement exposées au sémaglutide au premier trimestre, mais un suivi obstétrical rapproché s’impose.

Questions fréquentes

Puis-je reprendre le GLP-1 après l’accouchement ?

Non pas pendant l’allaitement. Le sémaglutide est excrété dans le lait animal. Par précaution, il existe des contre-indications pendant l’allaitement. Attendez l’arrêt de l’allaitement pour reprendre le traitement, et consultez notre article sur les GLP-1 et grossesse-allaitement pour plus de détails.

Le GLP-1 peut-il provoquer une fausse couche ?

Les données humaines disponibles ne permettent pas d’établir un lien de causalité entre exposition accidentelle au GLP-1 et fausse couche. Des cas de grossesses exposées ont été rapportés à la pharmacovigilance sans signal notable. Mais l’absence de signal ne signifie pas l’absence de risque — les données sont insuffisantes pour conclure.

Mon partenaire peut-il prendre un GLP-1 sans impact sur la conception ?

Les données disponibles ne montrent pas de risque pour la fertilité masculine ou pour le fœtus via l’exposition paternelle. Aucune recommandation d’arrêt n’est formulée pour les hommes dont la partenaire cherche à concevoir.

Si j’ai un SOPK et un traitement GLP-1, dois-je arrêter avant de tenter une conception ?

Oui — la règle d’arrêt 2 mois avant s’applique quelles que soient les raisons de la prescription, y compris le SOPK. Discutez avec votre gynécologue de l’induction d’ovulation ou d’autres traitements de la fertilité adaptés à votre situation.

Conclusion

La planification d’une grossesse sous traitement GLP-1 est tout à fait possible, mais nécessite une anticipation de 2 à 3 mois pour permettre l’élimination du médicament et l’adaptation du traitement si nécessaire. La bonne nouvelle est que la perte de poids obtenue grâce au GLP-1 peut améliorer la fertilité et les conditions de la grossesse. Parlez de votre projet de grossesse à votre médecin le plus tôt possible pour planifier ensemble la meilleure stratégie.


Sources : RCP Ozempic et Wegovy (Novo Nordisk, 2025) ; RCP Mounjaro (Eli Lilly, 2025) ; Lv S et al., “GLP-1 receptor agonists in polycystic ovary syndrome”, Frontiers in Endocrinology, 2023 ; ANSM, recommandations d’utilisation des médicaments pendant la grossesse.