La question revient de plus en plus dans les consultations médicales : peut-on tomber enceinte sous Ozempic (sémaglutide), Wegovy ou Mounjaro ? Et si c’est le cas, que faire ? Depuis que ces médicaments GLP-1 sont prescrits à grande échelle pour la perte de poids, des milliers de femmes en âge de procréer se trouvent face à ces questions — sans toujours obtenir de réponses claires. Voici ce que la science sait aujourd’hui.

Les GLP-1 et la fertilité : une relation inattendue

Pourquoi ces médicaments peuvent augmenter la fertilité

C’est l’un des effets les plus surprenants des traitements GLP-1 : en favorisant la perte de poids chez les femmes souffrant d’obésité, ces médicaments peuvent indirectement améliorer la fertilité. Ce n’est pas un effet direct du médicament sur les ovaires, mais une conséquence de la perte de poids.

L’obésité perturbe les cycles menstruels et réduit la fertilité de plusieurs façons. Elle provoque une résistance à l’insuline qui déséquilibre les hormones sexuelles, notamment la LH et la FSH indispensables à l’ovulation. Chez les femmes souffrant de syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) — une cause majeure d’infertilité — la perte de 5 à 10 % du poids corporel suffit souvent à rétablir des cycles ovulatoires réguliers.

Des femmes sous GLP-1 qui ne parvenaient pas à concevoir depuis plusieurs années ont ainsi rapporté des grossesses inattendues. Ce phénomène a même été surnommé dans certains médias le « bébé Ozempic ».

Ce que cela signifie concrètement

Si vous prenez un médicament GLP-1 à des fins de perte de poids et que vous ne souhaitez pas tomber enceinte, votre contraception existante peut devenir moins efficace. Deux raisons à cela :

  1. La perte de poids restaure l’ovulation chez des femmes qui pensaient ne plus ovuler
  2. Les nausées et vomissements fréquents au début du traitement peuvent réduire l’efficacité des pilules contraceptives orales (absorption réduite)

Il est donc recommandé de discuter de votre contraception avec votre médecin dès le début d’un traitement GLP-1.

Que disent les études sur les GLP-1 pendant la grossesse ?

L’état actuel des connaissances

Les données humaines disponibles sur les GLP-1 pendant la grossesse sont encore limitées, et c’est précisément pourquoi les autorités sanitaires sont prudentes. Voici ce que l’on sait :

Études animales : Des études sur les rongeurs et les primates ont montré que le sémaglutide (principe actif d’Ozempic et Wegovy) administré à fortes doses peut provoquer des malformations fœtales et des pertes de grossesse. Ces résultats ont été observés avec des doses proportionnellement bien supérieures à celles utilisées chez l’humain, mais ils restent préoccupants. Consultez la liste complète des effets secondaires du sémaglutide pour plus d’informations.

Données humaines : Un registre de grossesses mondial collecte depuis plusieurs années les données des femmes exposées au sémaglutide en début de grossesse (souvent sans le savoir). Les résultats publiés jusqu’à présent ne montrent pas de signal alarmant, mais le nombre de cas documentés reste insuffisant pour conclure à une innocuité complète.

Le principe de précaution s’applique : En l’absence de preuve de sécurité établie, tous les fabricants recommandent d’arrêter le traitement GLP-1 avant toute tentative de grossesse.

Que se passe-t-il si on tombe enceinte accidentellement ?

Des grossesses survenues sous traitement GLP-1 ont été documentées. Dans la grande majorité des cas rapportés, les femmes ont immédiatement arrêté le médicament dès qu’elles ont découvert leur grossesse — généralement vers 6 à 8 semaines d’aménorrhée — et les grossesses se sont poursuivies normalement.

Si vous tombez enceinte sous GLP-1 :

  • Arrêtez immédiatement le traitement
  • Contactez votre médecin dans les 48 heures
  • Signalez la grossesse au registre pharmacovigilance (via votre médecin)
  • Bénéficiez d’un suivi obstétrical renforcé

Les recommandations officielles : que faire avant une grossesse ?

Délai d’arrêt recommandé

Les recommandations actuelles sont claires sur un point : les femmes qui souhaitent concevoir doivent arrêter leur traitement GLP-1 avant de tenter une grossesse.

Les délais recommandés varient selon le médicament :

MédicamentDemi-vieDélai d’arrêt recommandé avant grossesse
Ozempic / Wegovy (sémaglutide)~1 semaine2 mois minimum
Mounjaro / Zepbound (tirzépatide)~5 jours1 mois minimum
Saxenda (liraglutide)~13 heures72 heures
Victoza (liraglutide)~13 heures72 heures

Pour le sémaglutide, le délai de deux mois correspond à environ cinq demi-vies, durée après laquelle la molécule est considérée comme éliminée de l’organisme.

La gestion du poids pendant la grossesse

L’arrêt du traitement GLP-1 soulève une question légitime : comment gérer son poids pendant la grossesse, surtout si le médicament avait permis une perte de poids significative ? Notre guide sur gérer l’arrêt du GLP-1 avant la grossesse vous explique comment limiter la reprise de poids lors de ce sevrage. L’arrêt brutal peut aussi entraîner des changements d’humeur. Consultez notre guide sur les effets psychologiques du traitement GLP-1.

Il est normal de reprendre du poids à l’arrêt d’un GLP-1. Pendant la grossesse, la prise de poids est non seulement normale mais nécessaire. Les recommandations actuelles de prise de poids pendant la grossesse sont basées sur l’IMC de départ :

  • IMC normal (18,5–24,9) : 11–16 kg recommandés
  • Surpoids (25–29,9) : 7–11 kg recommandés
  • Obésité (≥30) : 5–9 kg recommandés

Votre obstétricien adaptera ces objectifs à votre situation personnelle. L’essentiel est de ne pas suivre un régime restrictif pendant la grossesse, même si vous avez peur de reprendre du poids.

Le diabète gestationnel : un risque à surveiller

GLP-1, obésité et diabète gestationnel

Les femmes qui prenaient un GLP-1 pour leur diabète de type 2 ou leur obésité ont généralement un risque plus élevé de diabète gestationnel. À l’arrêt du médicament, ce risque peut augmenter.

Le suivi glycémique pendant la grossesse est systématiquement recommandé pour ces femmes, avec un test de dépistage du diabète gestationnel entre 24 et 28 semaines d’aménorrhée.

Si un diabète gestationnel se développe, il sera traité en priorité par des mesures diététiques et l’activité physique, et si nécessaire par l’insuline — les médicaments oraux antidiabétiques et les GLP-1 restant contre-indiqués pendant la grossesse.

Les « bébés Ozempic » : démystifier le phénomène

D’où vient cette expression ?

L’expression « bébés Ozempic » est apparue dans les médias anglophones vers 2023 pour décrire les grossesses survenues chez des femmes sous sémaglutide qui pensaient ne pas pouvoir concevoir, ou qui n’avaient pas prévu de tomber enceintes.

Il ne s’agit pas d’une particularité médicale du médicament — Ozempic ne rend pas les femmes plus fertiles de façon directe. C’est la perte de poids induite qui restaure la fertilité, comme l’aurait fait n’importe quelle autre intervention efficace.

Ce que l’on ne sait pas encore

La recherche sur les effets des GLP-1 en début de grossesse est active. Plusieurs questions restent ouvertes :

  • Existe-t-il un risque spécifique si l’exposition survient au tout premier mois (avant que la femme sache qu’elle est enceinte) ?
  • Les effets observés chez l’animal aux fortes doses sont-ils pertinents pour les doses thérapeutiques humaines ?
  • Y a-t-il un risque à long terme pour les enfants exposés in utero ?

Ces questions font l’objet de registres de suivi internationaux, et les résultats seront disponibles dans les prochaines années.

Allaitement et GLP-1

Peut-on allaiter sous GLP-1 ?

Non, les contre-indications des GLP-1 pendant l’allaitement sont formelles. On sait que le sémaglutide passe dans le lait des animaux, et bien que les données humaines soient insuffisantes, le principe de précaution s’applique.

Si vous souhaitez allaiter, vous devrez attendre la fin de la période d’allaitement avant de reprendre votre traitement GLP-1. Discutez de ce choix avec votre médecin, qui vous aidera à planifier la reprise du traitement après le sevrage.

Ce qu’il faut retenir

Les médicaments GLP-1 comme Ozempic, Wegovy et Mounjaro (tirzepatide) sont formellement contre-indiqués pendant la grossesse et l’allaitement. Si vous êtes en âge de procréer et sous traitement GLP-1 :

  • Assurez-vous d’utiliser une contraception efficace pendant le traitement
  • Planifiez l’arrêt du médicament au moins 2 mois avant une tentative de grossesse (pour le sémaglutide)
  • En cas de grossesse non planifiée, arrêtez immédiatement et consultez votre médecin
  • Discutez avec votre médecin de la gestion de votre poids pendant et après la grossesse

La bonne nouvelle : la perte de poids obtenue grâce aux GLP-1 peut améliorer vos chances de concevoir et de vivre une grossesse plus saine. L’objectif est simplement de coordonner soigneusement le traitement avec votre projet parental.


Sources : Résumé des caractéristiques du produit Ozempic (EMA, 2024), Wegovy RCP (EMA, 2023), données du registre PREG-GLP1 (publications 2024), HAS recommandations obésité et grossesse.