À retenir

Une étude présentée début 2026, portant sur plus de 150 000 patients, a mis en évidence une association statistique entre la prise de médicaments GLP-1 et un risque accru de goutte (crise d’hyperuricémie). Ces résultats sont préliminaires et ne prouvent pas un lien de causalité direct. La perte de poids rapide induite par les GLP-1 peut elle-même provoquer une mobilisation de l’acide urique, ce qui complique l’interprétation.


Les traitements GLP-1 comme Ozempic, Wegovy et Mounjaro ont révolutionné la prise en charge de l’obésité et du diabète de type 2. Cependant, au fur et à mesure que des millions de patients les utilisent sur des durées prolongées, de nouvelles questions émergent. En mars 2026, une étude a attiré l’attention de la communauté médicale : les GLP-1 pourraient être associés à un risque accru de goutte, une maladie articulaire douloureuse liée à l’excès d’acide urique dans le sang.

Qu’est-ce que la goutte et pourquoi c’est important ?

La goutte est une forme d’arthrite inflammatoire provoquée par le dépôt de cristaux d’urate de sodium dans les articulations. Elle survient lorsque le taux d’acide urique dans le sang (uricémie) dépasse un seuil critique. Les crises de goutte se manifestent par des douleurs articulaires intenses, souvent nocturnes, touchant classiquement le gros orteil, la cheville ou le genou. En France, environ 600 000 personnes souffrent de goutte chronique, avec une prédominance masculine.

La goutte est fréquemment associée aux mêmes facteurs de risque que l’obésité et le diabète de type 2 — les deux principales indications des GLP-1. Il est donc difficile de distinguer a priori si un lien entre GLP-1 et goutte reflète l’effet du médicament, ou simplement le profil de la population traitée.

L’étude 2026 : que révèle-t-elle exactement ?

Méthodologie

L’étude à l’origine du débat a été présentée au congrès de l’AAOS (American Academy of Orthopaedic Surgeons) en mars 2026. Elle portait sur une cohorte de plus de 150 000 patients adultes suivis pendant 5 ans. Les chercheurs ont comparé l’incidence de la goutte et de l’ostéoporose chez des patients traités par GLP-1 à celle de patients non traités par ces médicaments, après ajustement sur les principaux facteurs de confusion (âge, sexe, IMC, diabète, antécédents rénaux).

Résultats principaux

Les auteurs ont observé une association statistique significative entre l’utilisation des GLP-1 et :

  • Une augmentation de 12 % du risque relatif de crise de goutte (risque relatif de 1,12 ; IC 95 % : 1,08-1,16), avec une incidence de 7,4 % chez les patients traités contre 6,6 % chez les témoins
  • Une augmentation du risque de complications osseuses (ostéoporose), traitée dans notre article dédié aux GLP-1 et risques osseux

Ces résultats ont été couverts par le Washington Post et plusieurs médias de santé français au printemps 2026.

Limites importantes de l’étude

La communauté médicale a réagi avec prudence, pour plusieurs raisons :

1. Association ≠ causalité L’étude est observationnelle : elle montre une corrélation statistique, pas un mécanisme causal prouvé. Les patients sous GLP-1 présentent en moyenne un profil de risque plus élevé pour la goutte (obésité, diabète, maladies rénales) que la population générale.

2. La perte de poids rapide est un facteur confondant majeur Lorsqu’on perd du poids rapidement, l’organisme libère de l’acide urique à partir des tissus adipeux en cours de dégradation. Les régimes très hypocaloriques et la chirurgie bariatrique sont associés depuis longtemps à des épisodes de goutte en début de prise en charge. Les GLP-1 provoquant une perte de poids parfois rapide, une partie des crises de goutte observées pourrait simplement résulter de cette libération d’acide urique.

3. Données à confirmer en dehors du contexte américain L’étude a été réalisée sur une population américaine, avec des pratiques de prescription différentes de celles de la France. L’ANSM n’a pas encore publié de mise en garde spécifique sur ce sujet en France.

Mécanismes biologiques plausibles

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer un éventuel lien entre GLP-1 et acide urique :

La mobilisation de l’acide urique lors de la perte de poids

C’est l’explication la plus probable. Lors d’une perte de poids rapide, le tissu adipeux libère des purines (précurseurs de l’acide urique) dans la circulation sanguine. Le rein, dont la capacité d’élimination peut être temporairement débordée, laisse s’accumuler l’urate dans le plasma.

Effet potentiel sur la fonction rénale

Les GLP-1 modifient le flux sanguin rénal et la filtration glomérulaire. Bien que cet effet soit généralement néphroprotecteur (voir notre article sur les GLP-1 et la protection rénale), des variations de la clairance de l’urate sont possibles en début de traitement.

Le rôle de la déshydratation

Les GLP-1 peuvent entraîner des nausées et vomissements en début de traitement, réduisant l’apport hydrique. Or, la déshydratation est un facteur déclenchant classique des crises de goutte (concentration de l’urate dans le sang augmentée).

Que dit l’ANSM en France ?

À ce jour (mars 2026), l’ANSM n’a pas émis de mise en garde spécifique concernant un risque de goutte avec les traitements GLP-1. Les règles de prescription ANSM en vigueur ne mentionnent pas la goutte parmi les contre-indications ou précautions d’emploi. La surveillance des effets indésirables via le système de pharmacovigilance est toutefois permanente, et les médecins sont invités à déclarer tout effet inattendu sur le portail signalement.social-sante.gouv.fr.

Que faire si vous êtes sous GLP-1 et avez des antécédents de goutte ?

Parlez-en à votre médecin avant de commencer le traitement

Si vous avez déjà eu des crises de goutte ou si votre uricémie est élevée, informez votre médecin avant de débuter un traitement GLP-1. Un dosage de l’uricémie en début de traitement peut être utile pour surveiller l’évolution.

Optimiser l’hydratation

Boire suffisamment d’eau (minimum 1,5 à 2 litres par jour) est l’une des mesures les plus simples pour réduire le risque de crise de goutte. Cela aide à diluer l’acide urique et à favoriser son élimination rénale.

Adapter l’alimentation

Réduire les aliments riches en purines (abats, viandes rouges, charcuteries, bière, sodas sucrés aux fructose) aide à limiter la production d’acide urique. Favoriser les légumes, les produits laitiers faibles en graisses et les cerises (qui ont des propriétés anti-inflammatoires documentées).

Surveiller les signes d’une crise

Une douleur articulaire soudaine, intense, avec rougeur et chaleur localisée — surtout sur le gros orteil, la cheville ou le genou — doit alerter. Consultez votre médecin rapidement, notamment pour différencier une crise de goutte d’une arthrite d’une autre cause.

Les GLP-1 doivent-ils être arrêtés en cas de goutte ?

Non, sauf contre-indication formelle. Une crise de goutte isolée ne justifie généralement pas l’arrêt d’un traitement GLP-1, qui apporte des bénéfices métaboliques significatifs à long terme. Le médecin adaptera le traitement anti-inflammatoire pour gérer la crise (colchicine, anti-inflammatoires, corticoïdes si nécessaire) tout en maintenant le traitement GLP-1.

En revanche, si les crises de goutte sont fréquentes et sévères, une réévaluation de la balance bénéfice/risque s’impose, en tenant compte de la situation clinique globale du patient.

Perspectives : quelle recherche pour la suite ?

Des études prospectives randomisées sont nécessaires pour établir un lien de causalité et identifier les patients à risque. En attendant, la vigilance s’impose, notamment pour les patients qui cumulent plusieurs facteurs de risque de goutte : sexe masculin, antécédents personnels ou familiaux, alimentation riche en purines, alcool, insuffisance rénale chronique.

La communauté médicale internationale suit de près ce signal émergent. L’EMA (Agence européenne du médicament) et l’ANSM pourraient être amenées à actualiser les fiches de pharmacovigilance si d’autres études confirmaient ce lien.

Questions fréquentes

Les GLP-1 provoquent-ils vraiment la goutte ?

Pas directement prouvé. Une association statistique a été observée dans une grande étude, mais la perte de poids rapide (qui libère de l’acide urique) est un facteur confondant majeur. Des études complémentaires sont nécessaires.

Ozempic augmente-t-il l’acide urique ?

Aucune étude n’a spécifiquement démontré qu’Ozempic augmente les taux d’acide urique indépendamment de la perte de poids. La perte de poids elle-même peut temporairement élever l’uricémie en début de traitement.

Peut-on prendre des GLP-1 si on a de la goutte ?

Oui, dans la plupart des cas. Un traitement préventif de la goutte (allopurinol) peut être instauré ou ajusté pendant le traitement GLP-1 si nécessaire. Discutez-en avec votre médecin.

Comment savoir si ma crise articulaire est liée aux GLP-1 ?

Consultez votre médecin, qui pourra doser l’acide urique dans le sang (uricémie) et réaliser un examen clinique. D’autres causes (arthrose, rhumatisme inflammatoire) doivent être éliminées.


Pour en savoir plus sur les autres effets secondaires des traitements GLP-1, consultez notre guide complet sur les effets secondaires d’Ozempic et l’article sur les GLP-1 et le risque osseux.

Dernière mise à jour : 17 mars 2026. Ces informations sont à titre informatif. Consultez toujours votre médecin pour une décision médicale adaptée à votre situation.